Actualisé 12.02.2019 à 07:45

Vaud

Aucune escape room de Lausanne n'est en règle

Le nouveau secteur des jeux d'évasion a profité de carences administratives pour se développer hors du radar des autorités.

de
Pauline Rumpf
Le jeu consiste à résoudre des énigmes pour sortir dune pièce.

Le jeu consiste à résoudre des énigmes pour sortir dune pièce.

DR

L' incendie mortel d'un escape game en Pologne, début janvier, signe la fin d'une ère pour les salles actives à Lausanne. Ce très jeune secteur s'est développé loin des regards officiels, et même si certaines démarches ont été lancées, aucune société basée dans la capitale n'a reçu d'autorisation formelle d'exercer, confirme aujourd'hui la Ville.

Il aura donc fallu un drame pour que l'Inspection du travail s'intéresse aux escape rooms de la commune. Elle vient de visiter les cinq sociétés qu'elle a répertoriées sur son territoire. Résultat: des voies d'évacuation d'urgence posaient problème. Et, dans un cas, les contrats de travail aussi. Ces entreprises ont reçu un délai pour se mettre en conformité. Une fermeture provisoire a été décrétée, et des lacunes persistent au niveau du registre du commerce.

Toutefois, même à l'interne, les contrôles de l'Inspection du travail sont confidentiels. Ce sont donc nos questions qui ont réveillé le Service de l'économie; ce secteur lui avait tout simplement échappé. «L'autorité n'intervient qu'en cas de dénonciation, de nouvelles informations ou de danger identifié», se défend, embarrassé, Pierre-Antoine Hildbrand, municipal chargé de l'économie.

De leur côté, les patrons d'escape game ayant répondu à nos sollicitations mettent en avant le flou qui encadre ce nouveau secteur, pas si lucratif qu'il n'en a l'air, et composé exclusivement de petites structures. L'un d'entre eux dit en avoir profité autant qu'il l'a subi. Tous espèrent que les autorités se montreront compréhensives, et les soutiendront dans la mise en règle de leurs activités.

«Je pissais dans un verre»

Des employés ont souffert de cette gestion dans l'ombre. Question horaires, certains «maîtres du jeu» doivent bloquer la journée pour les réservations de dernière minute, sans savoir s'ils seront sollicités, et donc payés. Ambiance oblige, le local est souvent situé sous terre, sans lumière du jour, ce pour quoi la loi prévoit des compensations pas toujours existantes. Dans un cas, même les toilettes faisaient défaut: les employés étaient dirigés vers les établissements alentours. «Le soir et le dimanche, on devait pisser dans des gobelets Starbucks», explique un ex-employé.

Alerté, le syndicat SUD a eu plusieurs contacts avec des employés. «Ce sont souvent des étudiants, vivier de travailleurs précaires, réagit Vigen Kühni, du syndicat SUD. Ils préfèrent généralement partir au lieu de se battre pour sauver un petit job ou faire valoir leurs droits.»

Difficile à ranger dans une case

Les employeurs contactés ont refusé de nous répondre à visage découvert. Enregistré à Renens, le patron de Try to escape est dans une situation différente. Lors de ses démarches, Pascal Roulin, également vice-président de la toute jeune association d'escape game GEGS, explique avoir été confronté à la difficulté des autorités à ranger cette activité dans une case. «J'aurais attendu de leur part plus d'accompagnement dans les procédures.» Et de rappeler que certaines demandes sont lourdes et chères pour des entrepreneurs indépendants.

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