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FranceAudrey Pulvar: «Je suis là en tant que fille d’un pédocriminel, d’un monstre»

La journaliste de 48 ans a livré un témoignage empli d’émotions concernant son père qui est accusé par ses cousines de pédophilie. Elle raconte des détails glaçants.

Pour la première fois depuis le 7 février dernier, Audrey Pulvar a pris la parole sur le scandale concernant son père.

Pour la première fois depuis le 7 février dernier, Audrey Pulvar a pris la parole sur le scandale concernant son père.

imago images/PanoramiC

«Je suis là en tant que moi, et en tant que fille d’un pédocriminel, d’un monstre au sens actuel du mot» C’est avec beaucoup d’émotion qu’Audrey Pulvar a témoigné ce lundi 15 février sur France Inter. La journaliste de 48 ans était présente pour évoquer les accusations de pédophilie envers son père Marc Pulvar, dévoilées publiquement le 7 février par l’AFP.

Dans une tribune, ses cousines, Karine Mousseau, Barbara Glissant et Valérie Fallourd, dénonçaient les agissements de Marc Pulvar, figure emblématique du syndicalisme martiniquais (et mort en 2008). Les larmes aux yeux, elle a pris la défense de ses cousines: «Quand vous êtes la fille d’un monstre, forcément vous vous demandez si vous êtes un monstre vous-même. C’est un processus presque automatique. Si je me suis tue depuis huit jours, c’est parce que je trouvais important qu’elles puissent s’exprimer.»

Elle a ensuite continué en expliquant toute l’histoire: «Les victimes, quand elles ont parlé à leurs parents il y a une vingtaine d’années, et que ces derniers ont parlé à ma mère, qui nous a parlé à mes sœurs et moi, elles ont parlé pour être entendues, écoutées, et crues. Et il y a vingt ans, quand ma mère m’a annoncé ce qu’une de mes cousines avait dit, je l’ai crue. C’était en 2002. Elles avaient 30 ans, et on a globalement le même âge. Je les ai crues parce que je suis toujours du côté des victimes, de celles et ceux qui dénoncent ce type de crimes.»

Si Audrey Pulvar n’était qu’une enfant au moment des faits, elle se souvient tout de même de certaines choses: «Je les ai crues parce que les faits se sont produits il y a quarante-cinq ans, et depuis quarante-cinq ans je sais qu’il s’est passé des choses. J’étais une enfant, mais il se passait des choses dont je sentais qu’elles n’étaient pas normales. Il y avait un climat que je ne comprenais pas.»

«Dans ma mémoire, quand ma cousine avait 7 ans, on s’était disputées et elle m’avait dit: «Ton père, il met sa main dans ma culotte.» Ça m’avait tétanisée, j’avais 6 ans. Et après, ces souvenirs-là ont été cadenassés dans mon cerveau pendant vingt ans, en revenant par flash, sans que je sache ce que c’était.»

«Ce n’était pas à moi de dénoncer mon père»

Pour conclure, la journaliste a expliqué pourquoi ce n’était pas à elle de dénoncer son père: «Non, il ne m’est pas venu à l’idée de dénoncer mon père. Ce n’était pas à moi de le faire, et je ne savais pas que je savais. Ces choses-là ne se font pas en 24 heures, c’est un peu plus complexe que ça, surtout pour les victimes. Je suis là pour dire à tous ceux qui pensent que l’action de mes cousines serait une manœuvre politique, soit pour m’atteindre moi soit pour abîmer la mémoire de mon père, qu’ils ont tort. Les victimes nous parlent quand elles peuvent parler, quand les conditions sont réunies pour elles pour avoir la force de pouvoir se les dire à soi-même. Le dire à ses parents, puis à un cercle plus large, ça prend du temps. Et quand elles le disent, il faut respecter cette parole, il faut l’entendre, il faut l’écouter, la respecter, et non la dévaloriser en la mettant en doute.»

(LeMatin.ch)

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