Birmanie: Aung San Suu Kyi en tournée aux Etats-Unis

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BirmanieAung San Suu Kyi en tournée aux Etats-Unis

L'opposante birmane Aung San Suu Kyi part en voyage pour les Etats-Unis, pays qu'elle n'a pas visité depuis 20 ans. Une rencontre avec Obama est prévue.

La chef de l'opposition birmane et députée Aung San Suu Kyi a quitté Rangoun dimanche pour les Etats-Unis, son premier voyage depuis plus de vingt ans dans un pays où vivent beaucoup de ses compatriotes, auprès desquels elle jouit d'une immense popularité.

Rencontre avec Obama

La lauréate du prix Nobel de la paix rencontrera notamment le président Barack Obama qui avait le premier décidé en 2009 de rouvrir le dialogue avec la junte, alors au pouvoir, dans l'espoir de la convaincre de faire des réformes.

Les militaires ont depuis cédé la place à un régime d'anciens généraux réformateurs en mars 2011.

Suu Kyi s'adressera aussi aux Birmans installés aux Etats-Unis, dont beaucoup ont été d'ardents opposants du régime militaire.

Elle «pourra au moins évoquer la situation des réformes en Birmanie. Elle en aura l'opportunité», a indiqué Nyan Win, porte-parole de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), devenue le premier parti d'opposition parlementaire à l'issue des législatives partielles du 1er avril dernier.

Suu Kyi, qui a été libérée de résidence surveillée fin 2010 après avoir passé 15 ans privée de liberté sur un total de 20 ans, est attendue à Washington avec une délégation réduite à trois autres collaborateurs, a-t-il précisé.

Elle était accompagnée par ailleurs de l'ambassadeur américain à Rangoun, Derek Mitchell.

Harvard et Yale au programme

Son voyage doit s'achever le 3 octobre après quelques jours passés sur la côte ouest des Etats-Unis et des visites aux universités de Yale et Harvard. Mais cela lui permettra aussi de revoir New York, où elle a vécu entre 1969 et 1971, époque à laquelle elle travaillait pour le secrétariat de l'ONU.

«C'est un voyage très important pour Aung San Suu Kyi, qui dispose d'une image très forte aux Etats-Unis,» a souligné Richard Horsey, analyste indépendant, en évoquant une «vitrine de son soutien international».

Mais à l'inverse de sa tournée triomphale du mois de juin en Europe, où elle avait été reçue en chef d'Etat, sa visite coïncidera avec celle de Thein Sein, attendu dans une dizaine de jours à l'assemblée générale des Nations unies, pour la première fois en tant que président du pays.

«Il y a un risque qu'elle fasse de l'ombre» à Thein Sein, qui «n'a pas encore bénéficié de la reconnaissance internationale qu'il mérite au vu du remarquable processus de réformes qu'il a mis en place», a estimé l'analyste. Il serait «particulièrement contre-productif» qu'Obama reçoive Suu Kyi et pas le président, «ce qui malheureusement semble être le cas».

La députée recevra aussi la Médaille d'or du Congrès, obtenue en 2008 alors qu'elle était encore en résidence surveillée. Elle devrait être questionnée sur la sincérité des réformes qui l'ont poussée à réclamer une levée progressive des sanctions, ainsi que sur l'ouverture du marché birman.

En juillet, Washington avait autorisé certains investissements américains, même si les importations de produits birmans sont restées prohibées.

La députée risque par ailleurs de se voir poser des questions embarrassantes sur la question des Rohingyas, cette minorité musulmane apatride au coeur de violences communautaires en Etat Rakhine, dans l'ouest du pays, qui ont fait 90 morts.

Washington avait jugé la semaine dernière que la situation humanitaire y était «inquiétante». Les affrontements entre Rohingyas et membres de l'ethnie bouddhiste rakhine a provoqué des débats brûlants en Birmanie, dont la majorité des habitants considèrent les Rohingyas comme des étrangers illégaux. Et l'opposante a jusqu'à présent déçu pas mal de ses admirateurs à l'étranger en évitant au maximum toute prise de position sur le sujet. L'ONU considère les Rohingyas comme l'un des minorités les plus persécutées du monde. (afp)

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