«Plaire, aimer et courir vite»: Avant la mort, l'amour
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«Plaire, aimer et courir vite»Avant la mort, l'amour

Sélectionné à Cannes «Plaire, aimer et courir vite» est reparti bredouille. Dommage pour ses acteurs, qui méritaient un prix.

par
Marine Guillain

Plaire. Il a beaucoup pour plaire, le dernier Christophe Honoré, de retour en compétition à Cannes dix ans après «Les chansons d'amour». Dialogues affûtés et répliques cocasses donnent un ton savoureusement léger, loin d'un pathos que le sujet aurait pu laisser craindre. Oui, ce sont les années sida et oui, c'est une histoire d'amour impossible, avortée. Pourtant, «Plaire, aimer et courir vite» n'a rien de plombant. Il célèbre la vie et envoûte, même si les petites histoires des deux protagonistes avec leurs amants respectifs sont peu convaincantes, voire gênantes. Même si les scènes sexuelles manquent d'érotisme.

Aimer. Arthur, l'étudiant breton (Vincent Lacoste) et Jacques, l'écrivain parisien (Pierre Deladonchamps), s'aiment et on les aime aussi. Pierre Deladonchamps épate par son interprétation très juste de ce trentenaire malade, immature et arrogant. Jusqu'à ce que Vincent Lacoste apparaisse: on ne voit alors plus que lui. L'acteur de 24 ans irradie de par son grain de folie, son enthousiasme et sa passion. Sans oublier son déhanché! L'alchimie est parfaite entre ces deux intellectuels sensibles et sincères. On aime aussi l'excellent Denis Podalydès en voisin, Mathieu, qui lui aime Jacques d'une inconditionnelle amitié.

Courir vite, car il faut foncer pour que cette passion ait lieu avant qu'il ne soit trop tard. Ça, c'est pour Arthur, qui sait Jacques malade tout en refusant de l'admettre. Jacques court aussi, mais pour fuir. Condamné, il «ne peut pas se permettre une dernière romance». Et puis il y a vous, qui allez courir au cinéma après avoir lu tout ça!

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Pierre Deladonchamps, qui est votre personnage?

Un homme qui se sait condamné et qui a accepté qu'il ne lui restait plus pour longtemps à vivre. C'est pour ça qu'il ne veut plus s'engager et que l'arrivée d'un jeune homme dans sa vie le terrifie. Il va tenter de renoncer à cet ultime amour.

De qui Christophe Honoré s'est-il inspiré pour écrire ce rôle?

De nombreux écrivains qu'il admire et qui ont été terrassés par la maladie. Bernard-Marie Koltès et Jean-Luc Lagarce sont les plus connus. L'homme que j'incarne est un composite de tous ces créateurs partis trop tôt. C'est un personnage profondément vivant malgré l'épée de Damoclès au-dessus de sa tête.

Le tournage a t-il été triste?

Contrairement à ce que pourrait laisser supposer le sujet, Christophe a su entretenir une atmosphère détendue sur le plateau. Seules certaines scènes, comme celle où je parle une dernière fois avec un ancien amant qui va bientôt mourir, ont été si émouvantes que le chef-opérateur a pleuré derrière sa caméra. (propos recueillis par Laurent Vidal)

Vincent Lacoste, qui est votre personnage?

Cet étudiant charmeur est sans doute proche de ce que Christophe Honoré fut dans ses jeunes années: un étudiant breton amoureux de cinéma et de littérature qui rêve de monter à Paris. Quand il rencontre un intellectuel séduisant, il est subjugué et va se laisser entraîner dans une grande passion.

Pensez-vous qu'il sache que l'homme qu'il aime est condamné?

Il est en parfaitement conscient mais cela ne l'empêche pas de tomber amoureux. Il lui fait croire qu'il ne le sait pas de façon à essayer de lui apporter un peu de légèreté, notamment à l'hôpital.

Christophe Honoré vous a-t-il carrément dit que c'est lui que vous incarnez?

Il me l'a laissé entendre. Et il m'a même offert un parfum proche de celui qu'il portait autrefois afin que je me sente encore plus proche du personnage. Cela m'a beaucoup aidé à entrer dans le rôle. (propos recueillis par Laurent Vidal)

«Plaire, aimer et courir vite»

De Christophe Honoré. Avec Vincent Lacoste, Pierre Deladonchamps. Sortie mercredi 23 mai 2018. ****

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