Cyclisme - Avant la torture du Mont Ventoux, Cavendish (se) fait encore plaisir
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CyclismeAvant la torture du Mont Ventoux, Cavendish (se) fait encore plaisir


En décrochant sa 33e victoire sur le Tour de France, le sprinter talonne désormais Eddy Merckx (34). La 10e étape a aussi permis au maillot jaune de juste faire les efforts suffisants pour se remettre dans le bain le grand jour.

par
Patrick Oberli
(Valence)
Mark Cavendish a remporté sa troisième étape dans ce Tour 2021, la 33e de sa carrière.

Mark Cavendish a remporté sa troisième étape dans ce Tour 2021, la 33e de sa carrière.

AFP

Sur ce Tour 2021, Mark Cavendish sprinte plus vite que tout. Même la pluie. Mardi à Valence, le maillot vert, qui avait été terrifié par l’humidité et le froid dans la montée vers Tignes, s’est dépêché de remporter sa troisième victoire sur cette Grande Boucle. Au nez et à la barbe des Belges Wout van Aert (2e) et Jasper Philipsen (3e) et de l’orage qui s’est abattu sur la ville juste après l’arrivée.

Ce nouveau succès le rapproche encore du record de victoires sur le Tour détenu par Eddy Merckx. Le coureur de l’Ile de Man en compte désormais 33, alors que la légende belge en présente 34. Une marque qui pourrait bien tomber d’ici au 18 juillet à Paris, tant Mark Cavendish affiche une confiance et un bonheur qui le rendent intouchable. Aussi prestigieux soit-il, ce record ne semble pourtant pas l’obséder.

À 36 ans, l’homme semble métamorphosé, simplement heureux de vivre. Et comme son équipe Deceuninck-Quick Step fait tout juste pendant que ses principaux adversaires ont été contraints à l’abandon, il en profite pour savourer. Avec raison. Car ses résultats sont aussi improbables pour le public que pour lui, qui, il y a quelques mois, songeait à prendre sa retraite, après une longue période de pain noire. Jusqu’à ce que Patrick Lefevere, mage belge à la tête d’une équipe cycliste depuis 42 ans, maître dans l’art de «rebooster» les âmes, lui tende la main pour un retour dans le giron d’une formation où il s’épanouit.

«Personne ne peut se rendre compte des efforts à fournir pour revenir»

Mark Cavendish, maillot vert du Tour de France

«Personne ne peut se rendre compte des efforts à fournir pour revenir», lançait Mark Cavendish durant la journée de repos, en évoquant son ami Chris Froome, champion disparu dans les abîmes du classement, tout en pensant à lui. Mais c’est aussi la force des champions, surtout entourés par des personnes qui leur font confiance: être capables de rebondir quand on les croit perdus.

En ce début juillet, le maillot vert récolte les fruits d’un printemps fleuris d’efforts: «En arrivant sur le Tour, même si durant les 20 premiers kilomètres, je me suis demandé pourquoi j’étais revenu, je savais que j’allais être compétitif dans les sprints, que je n’aurais pas besoin de trouver des excuses à mes échecs.» Un retour dans la lumière qui s’accompagne d’une lune de miel avec le public, conquis autant par sa joie de vivre que par ses exploits: «La réception de mes victoires est incroyable. Au bord de la route aussi, le public est génial. Je crois que les gens aiment les come-back.»

Les Suisses au boulot

Si Cavendish est le grand bonhomme de cette dixième étape, courue entre Albertville et Valence (190,7 km), on retiendra encore que son scénario a été conforme à une journée de transition. Une échappée précoce de deux coureurs, Hugo Houle et Tosh Van der Sande, contrôlée à distance sans trop de soucis jusqu’à 36 kilomètres de l’arrivée. Puis un final dans les vents tourbillonnant annonçant l’orage, propices aux bordures. Ce qui a obligé les équipiers des cadors du classement général à mouliner et à jouer des coudes pour ne pas se faire éjecter. On a ainsi vu le Suisse Stefan Küng (Groupama-FDJ) veiller comme une mère sur David Gaudu. Stefan Bissegger a fait de même dans le train Education First - Nippo pour Rigoberto Uran. À l’arrivée, si le peloton a bien été cassé, aucun leader ne s’est retrouvé piégé.

Pogacar se remet en forme

L’allure rapide, malgré le vent de face, des derniers kilomètres, n’a pas fait que des malheureux. Ainsi, en est-il de Tadej Pogacar, qui, prudent, a passé sa journée dans la bulle formée autour de lui par ses équipiers. Mais l’homme a apprécié la rudesse de la fin d’étape: «Après un jour de repos, c’est toujours un peu piégeux au niveau des jambes. Mais je me suis senti bien et le vent de côté nous a poussés à faire des efforts, et cela m’a fait du bien avant la journée de demain (ndlr: mercredi)». Celle-ci, entre Sorgues et Malaucène (198,9 km) s’annonce comme l’un moment fort de ce Tour de France 2021, avec une double ascension du Mont Ventoux.

Le Ventoux? Cette montagne chauve, qui n’en finit pas d’écrire la légende du vélo. Car il s’y passe toujours quelque chose d’exceptionnel. Sans exhaustivité, il y a eu la mort de Tom Simpson, en 1967, terrassé par le dopage et la chaleur. Aussi, la résurrection de Richard Virenque, qui s’impose en 2002, quelques mois après la fin de sa suspension pour dopage suite à l’affaire Festina. Ou en 2016, un Chris Froome qui jette son vélo hors d’usage et se met à courir, quand il constate que la voiture de son équipe est au loin coincée dans les embouteillages. Il va parcourir 300 à 400 mètres avant d’enfourcher un vélo de remplacement fourni par l’assistance.

Le scénario de ce mercredi n’est pas encore connu et c’est ce qui fait la magie du Tour de France. Tadej Pogacar va-t-il tenter un truc au col des Tempêtes (1910 mètres) et son paysage lunaire? Prudent, l’homme dont les performances sont scrutées au microscope ne veut pas s’avancer: «Je sais que c’est un endroit spécial pour l’histoire du vélo. Je ne connais d’ailleurs pas tout ce qu’il s’y est passé.» Avant de limiter ses ambitions - il ne l’a gravi qu’une fois, en reconnaissance - à une «envie de réussite», mais sans chercher à marquer le mythe de son empreinte. La course dira ce que cela signifie dans le langage Pogacar.

PS: à la question suspicieuse du jour, à savoir si Tadej Pogacar serait d’accord de publier ses statistiques de performance, le Slovène a répondu: «Je voudrais bien ouvrir mes fichiers. Mais après, mes adversaires pourraient s’en servir contre moi».

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