Cannes: Avec «Mommy», Xavier Dolan émeut
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CannesAvec «Mommy», Xavier Dolan émeut

Le Canadien Xavier Dolan a fait chavirer Cannes, jeudi, et se présente comme un sérieux candidat à la palme.

Après un premier film sur une douloureuse relation entre une mère et son fils adolescent, le jeune Montréalais Xavier Dolan offre à la figure maternelle une superbe absolution. Son cinquième long métrage, le drame familial Mommy, a fait chavirer Cannes.

«C'est le film dont je suis le plus fier», confie le prodige québécois, qui concourt pour la première fois pour la Palme d'or. A 25 ans, il serait le deuxième plus jeune réalisateur à recevoir cette distinction.

En 1956, le Français Louis Malle était récompensé à 23 ans avec Jean-Jacques Cousteau pour le documentaire «Le monde du silence». Les critiques élogieuses qui ont accueilli «Mommy» à Cannes autorisent Xavier Dolan à nourrir de grands espoirs pour le palmarès rendu samedi soir.

En 2009, «J'ai tué ma mère» avait décroché trois prix à la Quinzaine des réalisateurs. Il abordait déjà le thème du rapport fils-mère. Mais avec «Mommy», «ce n'est pas la même histoire», a assuré dans un entretien le benjamin de la compétition officielle cette année.

«'J'ai tué ma mère' était mon film le plus personnel, c'est ma vie, mon histoire, 'Mommy' non». «'J'ai tué ma mère', c'est une crise d'adolescence. Ici on parle de gens qui s'aiment profondément, mais dont l'amour est mis à l'épreuve par la vie elle-même, par la maladie et par le système qui les ostracise», souligne-t-il.

Mère courage

Veuve depuis trois ans, Diane (Anne Dorval, «J'ai tué ma mère», «Les amours imaginaires») a des mèches, s'habille très moulant ou très court, parle comme un charretier et adore son fils Steve (Antoine Olivier Pilon), un adolescent blond bipolaire, impulsif et violent.

Elle hérite de sa garde après son expulsion d'un centre correctionnel. Il y a déclenché un incendie qui a grièvement blessé une autre pensionnaire.

La directrice fait entrevoir à Diane un avenir sombre pour son fils, capable de passer sans crier gare du rire enfantin à la colère démoniaque: «C'est pas parce qu'on aime quelqu'un qu'on peut le sauver», prévient-elle. «Les sceptiques seront confondus», rétorque Diane, mère courage bien décidée à mener cette bataille pour un fils qui l'aime aussi passionnément.

Elle reçoit l'aide d'une mystérieuse voisine bègue et introvertie, Kyla (l'autre égérie de Dolan, Suzanne Clément, déjà présente dans «Mommy» et «Laurence Anyways»). «Die» et son garçon finissent par former avec elle un heureux trio qui leur permet, un temps, de retrouver l'espoir...

Format façon Instagram

On retrouve dans «Mommy» la «patte» de Xavier Dolan: un film émouvant, drôle et coloré, au plus près de ses personnages, une mise en scène et une lumière très maîtrisées, des plans parfois tournés au ralenti, accompagnés d'une bande-son très présente - Dido, Oasis, Céline Dion, Counting Crows - à la manière d'un clip vidéo.

Nouveauté: le tournage en format 1:1, qui place sur l'écran le film dans un carré parfait. Xavier Dolan avait déjà tenté cette expérience avec le clip du groupe français Indochine, «College Boy», dans lequel jouait Antoine Olivier Pilon, Steve dans «Mommy». Ce format façon Instagram «met le personnage au centre du regard du spectateur, les distractions horizontales sont coupées», fait valoir le cinéaste.

Retour aux études

A présent, le réalisateur, également scénariste, monteur et acteur, compte prendre une pause. «Je n'ai plus d'énergie. Je ne suis pas juste crevé de la nuit dernière, mais des cinq ans que je viens de passer à faire des films. Je retourne à l'université pour étudier l'histoire de l'art et suivre des études germaniques».

Il confesse malgré tout avoir déjà écrit le scénario d'un nouveau film, en anglais cette fois, intitulé «La vie et la mort de John Donovan». (ats/afp)

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