Avoir été un garçon manqué a nourri l'album de Silance

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SilanceAvoir été traitée de «garçon manqué» a nourri son album

La chanteuse vaudoise Silance sort «Nouveau genre», son premier disque, le 20 janvier 2023. Il donne autant envie de danser que de pleurer.

par
Fabien Eckert

Silance commence à faire du bruit sur la scène romande. Elle s’apprête même à en faire davantage avec l’arrivée, vendredi 20 janvier 2023, de son premier album, «Nouveau genre». Si la Vaudoise de 28 ans, musicienne autodidacte, était qualifiée ces dernières années de rappeuse, son disque lorgne plutôt sur la pop avec des influences marquées des années 1980. Ses textes sont empreints de mélancolie due à une vie cabossée. Explications.

Comment vous sentez-vous avant cette sortie?

Incroyablement bien. Je ne m’attendais pas à arriver avec un album aussi vite, ça ne fait pas si longtemps que je fais de la musique. J’ai réellement commencé il y a deux ans. Je suis donc fière d’être là où j’en suis aujourd’hui.

Votre album a été produit par Yvan Peacemaker, connu pour son travail dans le rap avec Booba, Soprano, Stress ou Diam’s. Aviez-vous la pression?

Non, au contraire. C’était mon choix de bosser avec lui. J’avais peur de tomber dans un truc commercial. Yvan a un côté old-school et un amour des textes comme moi. On a pu mélanger les codes de la musique de l’époque avec ceux d’aujourd’hui. Il m’a très vite comprise et il a su directement où je voulais aller.

Vous étiez cataloguée comme une rappeuse alors qu’il n’y a pas vraiment de rap sur votre disque.

Le mot «rappeuse» était présent au tout début, avec mon premier single et mon premier EP (ndlr: sorti en 2021). Mais ça fait un moment que je ne me vends plus en tant que telle. Peut-être que, parfois, je fais encore du rap parce que j’ai des gimmicks ou une rythmique qui s’y rapporte, mais sinon je suis une chanteuse qui fait de la pop.

Sur «Rockstar», vous semblez désillusionnée et vous évoquez aussi une revanche sur la vie. Pourquoi?

Cet album est une revanche. Sans vouloir faire mon Calimero, j’ai été victime de harcèlement scolaire à cause de mon identité, de mon expression de genre. Je n’étais pas la petite fille qui rentrait dans les normes. On m’appelait «garçon manqué». J’ai été persécutée tout au long de ma vie à cause de ça. Autant, c’est une force, autant, c’est fatigant d’être constamment en lutte. Ce sont les bases de mon disque pour comprendre pourquoi j’ai cette rage, cette mélancolie et ces névroses. Les états de tristesse, de colère ou de douleur sont hyperintéressants à étudier. J’aime jouer avec et ils m’inspirent surtout énormément.

Vous allez mieux aujourd’hui?

Oui (rires). En tant que femme et adulte, je n’en souffre plus. C’est pourquoi, au fil des morceaux, les choses s’apaisent. Peut-être même qu’aujourd’hui, je joue de mon côté androgyne même si je n’ai pas créé de personnage. Je suis vraiment comme ça depuis enfant.

Comment vivez-vous le fait de vous mettre à nu en parlant de choses aussi personnelles?

C’est plus simple pour moi de le faire comme ça plutôt que dans un cadre intime. C’est presque triste, mais ma musique a permis aux membres de ma famille de me connaître réellement. Ça a été une carte de visite auprès d’elle. Ça a brisé beaucoup de barrières entre nous et ça nous a rapprochés. Après, en concert devant des dizaines d’inconnus, ça prend une autre dimension. Mes morceaux appartiennent à tout le monde. J’essaie de garder une distance sur scène avec ce que je raconte sinon j’aurais tendance à pleurer tout le temps (rires).

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