Aznavour fête ses 60 ans de carrière avec une tournée

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Aznavour fête ses 60 ans de carrière avec une tournée

Charles Aznavour se produira à partir de mardi sur la scène parisienne du Palais des Congrès, poru couronner ses 60 années passées sous les feux des projecteurs.

Après quelque 60 ans d'une carrière l'ayant rendu célèbre sur tous les continents, «'l'artiste français', mais aussi 'l'Arménien' le plus connu au monde», ainsi qu'il aime le rappeler, entame une série de concerts exceptionnels qui le mèneront aussi en province, en Suisse et en Belgique.

Surfant à contre-courant du climat politique ambiant, et d'une certaine tendance à vouloir limiter la circulation des personnes et fermer les frontières, l'artiste âgé de 83 ans insiste qu'il est «un fils d'émigrés!» quand on lui demande d'analyser les raisons de son succès. Car la notion même de migration a marqué à jamais au fer rouge le destin de troubadour hors-pair, de l'homme aux 800 chansons, né par hasard à Paris d'un père arménien de Géorgie et d'une mère arménienne de Turquie, tous deux en attente d'un visa pour les Etats-Unis.

Un destin de bohème. Car, aujourd'hui français mais résident suisse, l'artiste n'a jamais cessé de cultiver son goût pour la différence, pour l'Autre, qu'il s'interdit de juger. «On parle d'abolir les frontières, mais ce sont les mentalités qu'il faudrait ouvrir», confiait-il récemment à «Télérama», lui qui est fier de trouver cinq religions dans sa famille: «grégorienne, catholique, protestante, juive et musulmane». Fier aussi, que sa petite-fille apprenne indifféremment «l'allemand, l'anglais, et bien sûr l'arabe, puisque son père est algérien» (sa fille Katia a épousé le comédien Jean-Rachid, NDLR).

Cet oecuménisme au quotidien, Aznavour le porte dans ses tripes et non comme un fardeau. «J'ai horreur qu'on rejette les gens. Je me sens naturellement proche de ceux qu'on exclut. Je suis né ainsi», dit-il. Un propos qu'illustre parfaitement son interprétation saisissante du petit tailleur juif dans «Les Fantômes du chapelier» de Chabrol, tiré du roman éponyme de Simenon, un auteur dont il est fier de posséder l'oeuvre complète.

Et c'est là un autre paradoxe de l'artiste. Ayant quitté l'école quasi analphabète à 10 ans et demi, le petit Charles Aznavourian n'a jamais cessé de s'instruire par ses propres moyens, quitte à avoir des encyclopédies comme livre de chevet. Une volonté farouche qui lui vaudra cependant, quand il décida faute d'auteur, à la fin des années 40, de se mettre à l'écriture pour alimenter en texte le duo formé avec Pierre Roche, quelques remarques équivoques. «Alors, comme ça, les Arméniens savent écrire maintenant?», blaguèrent ses amis. Depuis, il écrit ses textes «comme on écrit pour un comédien», poursuit-il, notant que ses auteurs favoris ne sont pas auteurs de chansons mais «Molière ou Sacha Guitry». C'est sous sa plume que naîtront «Je hais les dimanches» pour Juliette Gréco ou «Jézebel» pour Edith Piaf, qui le pris sous son aile en 1946.

Et si passer à la postérité ne l'émeut guère, il reconnaissait récemment dans l'émission «Envoyé spécial» sur France-2, «avoir peur de la mort», souhaitant qu'au moins quelques chansons lui survivent, lui qui n'a écrit «que des oeuvrettes»...

En attendant, cette tournée, annoncée comme la dernière, lui donnera l'occasion, en plus de faire revivre ses classiques, de donner corps sur scène à quelques morceaux de son dernier opus, «Colore ma vie» (EMI), sorti au printemps dernier, alors qu'un album de duos est attendu pour la fin de l'année. (ap)

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