Ukraine: Bagarres à coups de pelles pour un clocher

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UkraineBagarres à coups de pelles pour un clocher

Des Ukrainiens s'activent pour s'approprier une paroisse soumise à l'Eglise de Moscou.

Les fidèles en viennent aux mains.

Les fidèles en viennent aux mains.

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Fidèles barricadés, bagarres à coups de pelles et de cocktails molotov: la bataille entre les orthodoxes des Eglises russe et ukrainienne pour le contrôle d'une paroisse dans un petit village de l'Ouest nationaliste de l'Ukraine prend des proportions inédites.

Les incessants conflits entre l'Eglise orthodoxe subordonnée au Patriarcat de Moscou et celle dépendant du Patriarcat de Kiev apparue après l'indépendance de l'Ukraine en 1991 se sont exacerbés avec la crise russo-ukrainienne marquée par l'annexion de la Crimée en mars 2014 suivie du conflit dans l'Est séparatiste prorusse de l'Ukraine qui a fait plus de 9000 morts.

A Ptytcha, village de 1.000 âmes dans l'Ouest ukrainophone (et souvent russophobe) de l'Ukraine à 350 km de Kiev, les tensions ont pris ces derniers jours des formes extrêmes autour d'une paroisse appartenant à l'Eglise de Moscou que les fidèles du Patriarcat de Kiev veulent s'approprier.

«L'annexion de la Crimée et la guerre dans l'Est ont clairement montré quelle Eglise est vraiment ukrainienne», assure le père Ilarion, chef du diocèse du patriarcat de Kiev dans la région de Rivné où se trouve cette paroisse.

«Les prêtres de l'Eglise de Moscou célèbrent les services en russe, refusent de prier pour l'armée ukrainienne et de prononcer l'office des morts pour les soldats ukrainiens tués sur le front», ajoute-t-il.

Fidèles en résistance

A l'occasion d'un référendum improvisé qui a eu lieu il y a un an, la plupart des villageois de Ptytcha ont estimé que la paroisse devrait passer sous le contrôle du Patriarcat de Kiev.

Depuis, les deux confessions y célébraient les services à tour de rôle, mais tout a changé après la décision début décembre d'un tribunal de Kiev confirmant que la paroisse appartenait bien au Patriarcat de Moscou.

Des prêtres et des fidèles de l'Eglise russe se sont alors barricadés à l'intérieur de l'Eglise, refusant de laisser entrer les fidèles de l'Eglise ukrainienne.

Des policiers sont en faction devant l'église peinte en bleu et blanc et n'y laissent entrer personne. Après plusieurs jours de bras de fer, ils ont autorisé qu'on apporte de la nourriture à ses occupants et qu'on mette en marche le chauffage. Les services religieux sont organisés dans la cour.

«Cette église est à nous d'après la loi. Il n'est pas question de célébrer les services à tour de rôle», lance le père Andreï, de l'Eglise subordonnée au Patriarcat de Moscou.

Cocktails molotov

Des bagarres devant l'église ont opposé pendant plusieurs jours les fidèles des deux confessions qui se sont jeté de la terre les uns sur les autres, des cocktails molotov et se sont attaqués à coups de bâtons et de pelles, peut-on voir sur des vidéos diffusées sur le site internet de l'Eglise du Patriarcat de Moscou. Cette dernière assure que les fidèles de l'Eglise ukrainienne étaient soutenus par le mouvement ultranationaliste paramilitaire Pravy Sektor.

La dispute est remontée jusqu'au ministère russe des Affaires étrangères, qui a dénoncé lundi «une agression inacceptable de la part des nationalistes radicaux et des schismatiques de l'Eglise ukrainienne, avec la complaisance de la police locale».

Sur la maison du prêtre du Patriarcat de Moscou, des inconnus ont écrit «Gloire à l'Ukraine, gloire aux héros», mots d'ordre de la contestation proeuropéenne à Kiev réprimée dans le sang et qui a entraîné la chute du régime prorusse en février 2014.

Nadia Kalinina, une retraitée, défend ce prêtre «qui sert ici depuis 45 ans». Ce qui lui vaut d'être taxée de «séparatiste» dans le village. «C'est la guerre qui a provoqué tout ça», soupire-t-elle.

Selon le père Ilarion du Patriarcat de Kiev, une centaine de paroisses en Ukraine ont changé de juridiction, passant du Patriarcat de Moscou à celui de Kiev. «Les fidèles ont commencé à comprendre qu'on les avait trompés», assure-t-il.

Pétition signée

Reflétant cette tendance, plus de 10'000 habitants de Kiev ont signé en décembre une pétition électronique prônant le transfert sous la juridiction du Patriarcat de Kiev de la Laure Kievo-Petcherska, fameux monastère du XIe siècle situé dans le centre de la capitale ukrainienne, berceau de l'orthodoxie.

«La Laure sera ukrainienne, il faut patienter un peu», a assuré mercredi le patriarche Filaret, le chef de l'Eglise orthodoxe ukrainienne qui soutient ouvertement les autorités pro-occidentales de l'Ukraine et le combat contre les séparatistes.

(nxp/afp)

(NewsXpress)

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