Etats-Unis: Baltimore enlève ses statues confédérées

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Etats-UnisBaltimore enlève ses statues confédérées

La ville du Maryland s'est débarrassée de ses monuments sudistes dans la nuit de mardi à mercredi.

L'opération n'avait pas été annoncée publiquement par les autorités de la ville de Baltimore.

L'opération n'avait pas été annoncée publiquement par les autorités de la ville de Baltimore.

Keystone

La ville de Baltimore a enlevé, en pleine nuit, les quatre statues qui célébraient encore des personnages de la confédération sudiste, quelques jours après les violences racistes qui ont endeuillé Charlottesville, selon des images de télévision mercredi.

«C'est fait», a déclaré Catherine Pugh, la maire de cette ville de 600'000 habitants située à 80 kilomètres de Washington.

«Il fallait qu'elles soient enlevées. Je m'inquiète pour la sécurité de notre population. Nous avons fait aussi vite que nous avons pu», a t-elle dit au quotidien local Baltimore Sun, précisant que l'opération avait commencé vers 23H30 (03H30 GMT) mardi et s'est achevée à 05H30 (09H30 GMT) mercredi. Celle-ci n'avait pas été annoncée.

Les statues - parfois monumentales - ont été enlevées grâce à une grue et emportées en camion, ne laissant que les piédestaux souvent couverts de graffitis antiracistes ou célébrant le mouvement de défense des Noirs Black Lives Matter.

Le débat sur l'enlèvement ou non de ces monuments en hommage à la confédération d'Etats du sud, qui a déclenché la guerre civile notamment pour défendre l'esclavage, fait rage aux Etats-Unis. Il oppose ceux qui y voient la célébration d'un passé raciste et ceux qui défendent le droit du sud à son histoire. Les groupuscules racistes et d'extrême-droite ont pris prétexte de ce débat pour exposer leur idéologie.

«Une période noire de notre histoire»

Des monuments confédérés ont déjà été retirés, notamment dans le sud où il n'est pas rare de voir encore flotter des drapeaux confédérés, considérés comme des symboles racistes.

A Durham (Caroline du Nord), la statue d'un soldat confédéré érigée en 1924 a été abattue lundi par des manifestants et, le même jour, une autre a été déboulonnée à Gainesville (Floride). A Nashville (Tennessee), des dizaines de manifestants ont réclamé le retrait du Capitole d'un buste de Nathan Bedford Forrest, général confédéré et fondateur du Ku Klux Klan.

Le maire de Lexington (Kentucky), Jim Gray, a annoncé samedi sa volonté de déplacer deux statues confédérées.

«La guerre de Sécession a été une période noire de notre histoire. Certes, nous ne devons pas oublier. Mais nous devons raconter avec exactitude et véracité ce qu'il s'est passé», a déclaré M. Gray. «A Lexington se trouvait l'un des plus grands marchés aux esclaves d'Amérique», a-t-il ajouté.

«Nous ne pouvons pas continuer à rendre hommage à ces hommes qui se sont battus pour préserver l'esclavage, sur un sol où des hommes, des femmes et des enfants ont été eux-mêmes vendus comme esclaves», a justifié l'édile.

La controverse autour du drapeau confédéré a été ravivée en juin 2015, après le meurtre de neuf Noirs dans une église de Caroline du Sud par un suprémaciste blanc qui aimait poser avec ce drapeau.

Un mois plus tard, cet Etat du sud-est décidait d'enlever ce drapeau de son parlement. L'Alabama (sud) a fait de même.

Jusqu'à Montréal

Une plaque en l'honneur de l'ex-président des Etats confédérés Jefferson Davis a été retirée mardi du mur extérieur d'un grand magasin de Montréal, a indiqué mercredi une porte-parole de la chaîne de distribution.

«La plaque a été retirée», a indiqué Tiffany Bourré, directrice de communication de La Baie d'Hudson sans donner plus de commentaires.

Des messages postés sur les réseaux sociaux avaient dénoncé la présence d'un tel symbole à Montréal.

Cette plaque était accrochée depuis 60 ans au mur de l'établissement de la chaîne de grands magasins La Baie d'Hudson (Hudson Bay, Saks Fifth avenue, Lord&Taylor...) au centre de l'agglomération québécoise.

«A la mémoire de Jefferson Davis, président des Etats confédérés qui séjourna en 1867 au domicile de John Lovell alors situé au présent emplacement», pouvait-on lire sur cette plaque.

C'est peu après sa libération en 1867 que Jefferson Davis fut reçu par John Lovell, riche éditeur et imprimeur canadien.

La plaque indiquait également qu'elle avait été "érigée en 1957 par la société des United daughters of the confederation ', une organisation de femmes à l'origine de bon nombre de statues ou autres monuments en l'honneur des soldats confédérés.

1.500 symboles confédérés

Plus récemment, des statues du général Lee, du général P.G.T. Beauregard et de l'ex-président des Etats confédérés Jefferson Davis ont été déboulonnées à la Nouvelle-Orléans (Louisiane, sud). «La Confédération était du mauvais côté de l'histoire et de l'humanité», expliquait en mai Mitch Landrieu, son maire.

«C'est cette histoire que nous ne devrions jamais oublier, et qu'il ne faudrait jamais remettre sur un piédestal pour l'y vénérer», avait-il ajouté.

Selon un rapport publié en 2016 par le Southern Poverty Law Center (SPLC), spécialisé dans les mouvements extrémistes et les droits civiques, plus de 1.500 symboles confédérés demeurent encore dans l'espace public aux Etats-Unis, la plupart dans le sud.

Ce chiffre inclut plus d'une centaine d'écoles publiques portant le nom de soldats ou d'hommes politiques des Etats confédérés.

Pour leurs défenseurs, enlever ces symboles revient à effacer un pan de l'histoire américaine et de l'héritage sudiste.

Mais, selon les historiens, la majorité ont été érigés pendant la ségrégation raciale ou en réaction au mouvement des droits civiques dans les années 1960.

«Dans la plupart des cas, préserver l'histoire n'était pas l'objectif véritable de ces installations», a expliqué Richard Cohen, président du SPLC, dans un communiqué, soulignant qu'elles «ont parfois été érigées par provocation par des suprémacistes blancs opposés à l'égalité pour les Noirs».

Retour sur les événements

Vendredi et samedi des centaines de sympathisants néo-nazis, membres du Ku Klux Klan ou encore des tenant de l'extrême droite américaine s'étaient réunis à Charlottesville en Virginie pour participer à des manifestations contre l'enlèvement d'une statue de Robert E. Lee, le général commandant les forces de la confédération pendant la guerre civile.

Les événements ont tourné au drame quand un sympathisant néo-nazi a foncé avec sa voiture dans une foule de manifestants antiracistes tuant une jeune femme et blessant une vingtaine de personnes. (nxp/afp)

(NewsXpress)

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