Suisse: Banquiers encouragés à la malhonnêteté au boulot
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SuisseBanquiers encouragés à la malhonnêteté au boulot

En privé, les banquiers ne sont pas moins dignes de confiance que d'autres salariés. Une fois au travail ils sont plus enclins à la malhonnêteté, sous l'effet de leur culture d'entreprise, selon une étude.

«Nos résultats montrent clairement que le domaine financier tolère la malhonnêteté et que cette relative indulgence péjore la réputation de ce secteur», explique Michel Maréchal de l'Uni de Zurich.

«Nos résultats montrent clairement que le domaine financier tolère la malhonnêteté et que cette relative indulgence péjore la réputation de ce secteur», explique Michel Maréchal de l'Uni de Zurich.

Manipulations des taux de référence, devises et cours d'actions, mensonges sur les produits de placement, soutien répété à la fraude fiscale: les affaires se suivent et se ressemblent dans le secteur financier. De nombreux observateurs ont attribué ces scandales à la culture d'entreprise matérialiste propre au domaine financier.

Ernst Fehr, Alain Cohn et Michel Maréchal, chercheurs à l'institut d'économie politique de l'Université de Zurich ont voulu en avoir le coeur net. Ils se sont demandé si ce secteur demeurait propice au mensonge. Le résultat de leur étude, publiée mercredi dans la revue scientifique «Nature» répond par l'affirmative.

Tentés de mentir

Pour mener à bien leur analyse, les chercheurs ont fait appel à 208 employés de banque. Répartis au hasard dans deux groupes, ils devaient alors tirer à pile ou face. Chaque fois que la pièce tombait sur face, les sujets de l'expérience recevaient 20 dollars (19,20 francs).

La tentation de mentir demeurait grande puisque les individus effectuaient leurs lancers dans une pièce séparée, à l'abri des regards.

Avant de jouer à pile ou face, les membres des deux groupes devaient répondre à un questionnaire. Le premier groupe a été soumis à des questions sur ses loisirs. Le second a été interrogé sur ses activités professionnelles. Cela a permis d'activer différentes identités. Chaque personne possède, en effet, plusieurs rôles: professionnelle, familiale, sociale...

Les membres du premier groupe, auprès desquels l'identité sociale et familiale a été activée, n'ont pratiquement pas menti quant au nombre de «faces» obtenus. Alors que les sujets du second groupe qui se sont identifiés à leur rôle professionnel ont été plus enclins à la menterie, ceci dans le but d'augmenter leurs gains.

Le premier groupe a, en moyenne, déclaré 51,6% «piles», un pourcentage proche de celui obtenu aléatoirement qui se situe à 50%. Les membres du deuxième échantillon ont annoncé 58,2% de piles. Une différence significative.

Afin d'éviter tout biais, l'expérience a été reconduite auprès de 133 travailleurs non issus du secteur bancaire et d'étudiants. Dans les deux cas, on a observé le même pourcentage d'honnêteté que ce soit dans le groupe dans lequel l'identité sociale a été activée que celui qui a fait appel à son rôle professionnel.

Banquiers «consternés»

Face à ces conclusions, les scientifiques recommandent aux banques d'investir dans une culture d'entreprise plus intègre. «Nos résultats montrent clairement que le domaine financier tolère la malhonnêteté et que cette relative indulgence péjore la réputation de ce secteur», a expliqué Michel Maréchal.

Pour Alain Cohn, il convient de réviser la culture d'entreprise basée sur le gain facile et de la réaxer sur des valeurs morales comme l'intégrité et la probité. Il propose aussi d'instaurer des règles éthiques contraignantes sur le modèle du serment d'Hippocrate des médecins. De nombreux experts de la finance ont déjà plaidé pour l'instauration d'un tel code.

Du côté du domaine bancaire, on se dit «consterné» par ces résultats. Dans un communiqué publié jeudi, l'Association suisse des employés de banque (ASEB) rejette ces conclusions. «Les responsables de l'enquête n'ont pas pu indiquer à l'ASEB si et dans quelle mesure des banques suisses avaient participé à l'enquête».

Pour l'organisation, l'étude se base sur des banques internationales, ce qui ne reflète pas la réalité du secteur bancaire helvétique mais plutôt celle prévalant à l'étranger où domine une culture d'entreprise anglo-saxonne.

Métier boudé par les jeunes

Si la finance souhaite attirer de nouveaux talents, elle va devoir redorer son blason. Publiée mardi, une étude du cabinet de conseils Deloitte indique, en effet, que la cote de popularité des métiers bancaires baisse auprès des étudiants en économie.

En 2008, au début de la crise financière, 23% des jeunes interrogés envisageaient une carrière dans le domaine de la finance contre 16% aujourd'hui. Pour mener à bien son enquête, Deloitte a interrogé 174'000 étudiants sur leurs préférences de carrière. (ats)

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