Actualisé 23.08.2008 à 17:00

Présidentielle US

Barack Obama a choisi son colisitier

Le candidat démocrate à la Maison Blanche Barack Obama a choisi comme candidat à la vice-présidence son collègue du Sénat, Joseph Biden, 65 ans.

Le «ticket» démocrate est prêt. Après avoir entretenu le suspens, Barack Obama a annoncé tôt samedi le nom de son colistier, qui assumera la vice-présidence en cas de victoire: en faisant venir à ses côtés Joseph Biden, vétéran du Sénat et des dossiers internationaux, le candidat semble chercher à couper l'herbe sous le pied à ceux qui lui reprochent son inexpérience.

Depuis le début de sa campagne, Barack Obama -il n'en est qu'à son premier mandat au Sénat- est victime des attaques sur ce thème: le camp Clinton d'abord, le camp républicain ensuite, ont mis en doute sa capacité à diriger le pays en tant que «commandant en chef». En face, le candidat républicain John McCain met en avant son âge (72 ans) comme promesse d'expérience, ses longues années au Sénat, la guerre du Vietnam où il connut le feu et la captivité.

Et ce alors que les Etats-Unis sont empêtrés dans la guerre d'Irak, Obama ayant promis un retrait au plus tard 16 mois après son arrivée à la Maison Blanche. Et que la guerre en Géorgie remet les dossiers internationaux sur le devant de la scène.

Le choix de Biden, 65 ans, expert en matière de sécurité nationale, vise donc à contrebalancer cette inexpérience présumée. Dans le combat politique, Biden, qui n'hésite pas à monter au front et frapper fort, pourrait en outre endosser le rôle du «méchant» dans une campagne de plus en plus violente, où les coups bas pleuvent.

L'élu du Delaware a derrière lui 35 ans de Sénat, dont il est l'un des poids lourds: il a plusieurs fois été président de la prestigieuse Commission des Affaires étrangères, mais aussi de la Commission judiciaire, qui gère la législation criminelle, les questions constitutionnelles et les auditions des candidats sélectionnés à la Cour suprême.

Natif de Scranton (Pennsylvanie), d'origine catholique-irlandaise et issu d'un milieu ouvrier, Biden pourrait aussi aider Obama à séduire l'électorat col bleu. Ces électeurs étaient acquis à Hillary Clinton, et Obama peine pour le moment à les convaincre. La sénatrice de New York a salué samedi dans un communiqué le choix de Joseph Biden, «un leader d'une force et d'une expérience exceptionnelles, dévoué au service public».

Les esprits chagrins reprocheront sans doute à Obama d'avoir choisi comme adjoint un vieux routier du sérail washingtonien, à mille lieues de ses discours sur le changement, le sang neuf et la «politique autrement». Mais selon un de ses principaux conseillers, Obama commence à en avoir assez de la «révérence» que son équipe manifeste pour ce message de changement, et sa priorité est de faire tout ce qu'il faut pour gagner.

Les stratèges du parti démocrate ont donc apprécié le choix de Biden, inquiets qu'ils sont de voir l'avance d'Obama s'éroder depuis l'été, et jugeant que le candidat devait d'urgence renouer avec une confrontation plus conventionnelle, c'est-à-dire plus dure. «Il ont un grand sens du timing et du ton à adopter. Il y a six mois, les gens disaient qu'il était trop passif, pas assez dur envers Hillary Clinton. Mais il s'est repris juste au bon moment. Là, il le refera», estimait Jim Jordan, un de ces stratèges.

C'est sur son site Internet qu'Obama a annoncé son choix, via une photo des deux hommes ensemble. Quelques instants plus tard, un texto était diffusé dans la précipitation: «Barack a choisi le sénateur Joe Biden pour être notre candidat à la vice-présidence.»

La campagne d'Obama avait en effet promis à ses fidèles contributeurs et partisans qu'ils auraient la primeur via SMS, mais l'information a fuité quelques heures avant le moment prévu... Du coup, les équipes se sont précipitées pour envoyer au plus vite ce fameux SMS, tombé sur les portables à l'heure peu convenable de trois heures du matin (sur la côte Est).

A deux jours de l'ouverture, lundi, de la Convention démocrate de Denver qui l'adoubera officiellement, le 'ticket' démocrate devait faire ses premiers pas en public dès samedi, à Springfield (Illinois): c'est là, devant l'ancien Capitole de l'Etat, où Abraham Lincoln avait siégé, qu'Obama, sénateur du même Etat, avait lancé officiellement sa campagne.

A peine le nom du candidat «VP» connu, la campagne McCain, en embuscade, tirait sa première rafale. En rappelant à qui voulait l'entendre que Biden avait «dénoncé le peu de jugement en politique étrangère d'Obama» et «défendu avec ses propres termes ce que les Américains sont en train de comprendre rapidement: que Barack Obama n'est pas prêt pour être président», référence à une interview de 2007.

Lorsqu'il renonça à briguer l'investiture démocrate début janvier, après une piètre performance lors des caucus de l'Iowa, Biden, célèbre pour sa langue bien pendue, avait en outre balayé d'un revers de main l'idée d'être numéro deux... «Je ne suis pas candidat à la vice-présidence. Je ne l'accepterais pas si qui que ce soit me la proposait. En fait, je préférerais rester président de la Commission des Affaires étrangères plutôt qu'être vice-président». (ap)

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