Genève: Barre d’immeubles bientôt détruite et locataires à la rue 

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GenèveBarre d’immeubles bientôt détruite et locataires à la rue 

La loi oblige à reloger ceux dont l’immeuble est voué à la démolition, comme à la route des Acacias. Pourtant, certains habitants n’ont pas reçu de propositions.

par
David Ramseyer
Nassim habite dans l’immeuble au centre de la barre de trois locatifs voués à disparaître, aux Acacias.

Nassim habite dans l’immeuble au centre de la barre de trois locatifs voués à disparaître, aux Acacias.

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Il fêtera tristement Noël chez lui, puis Nassim sera sans domicile fixe au Nouvel-An. L’apprenti électricien de 24 ans doit quitter son domicile à la fin de l’année. La barre d’immeubles vétustes où il vit, au numéro 12 de la route des Acacias, est en effet vouée à la démolition. Ce n’est pas une surprise, «on a été prévenus il y a deux ans, puis encore par lettre le 3 août passé. Mais je n’ai nulle part où aller. Je n’ai pas de famille à Genève, j’irai peut-être dans un petit hôtel; je préférerais ne pas demander d’aide à des amis. Je veux m’assumer seul.» Le jeune homme est fâché et frustré. «Je n’ai pas beaucoup d’argent. Je me suis inscrit dans huit à neuf fondations pour le logement: pas une réponse! Et la régie ne m’a rien proposé.» Idem pour d’autres locataires, rencontrés sur place. Pas tous, cependant. «Moi et quelques voisins, on a bien reçu une offre, témoigne un habitant. Mais le loyer était bien trop cher pour nous.»

Gagner du temps

Pourtant, dans son article 42 al. 4, la loi cantonale sur les démolitions, transformations et rénovations (LDTR) oblige à reloger les habitants en cas de démolition de leur immeuble. «Un nouveau logement au loyer et au nombre de pièces comparables doit leur être proposé», résume Caroline Renold, juriste à l’Asloca, l’association de défense des locataires. Autant de résiliations d’un seul coup, cela reste rare à Genève, souligne-t-elle par ailleurs. Il n’empêche: «Un bailleur n’a pas le droit de mettre un résident à la porte sans jugement d’évacuation. Il doit pour cela aller devant la justice, souligne la spécialiste. De quoi, pour l’occupant, obtenir un sursis de quelques mois à l’évacuation et ouvrir des négociations. D’autre part, lorsqu’un locataire conteste la résiliation de son bail, il a droit à une prolongation, de 4 ans au maximum.»

Dans les cas semblables à celui de Nassim et ses voisins, la juriste conseille en parallèle d’écrire à la régie pour demander à être relogés: «Ils sont dans leurs droits». L’Asloca et sa partenaire, l’Association pour la sauvegarde du logement des personnes précaires, traitent le dossier des occupants d’une quarantaine de logements concernés par la démolition aux Acacias. Caroline Renold note que vu le nombre de cas, le dossier est «complexe, entre évacuations, contestations et relogements. Des discussions sont en cours et des solutions apparaissent, mais au compte-gouttes».

La régie réfute les critiques

Contrairement à la lecture qu’en fait l’Asloca, Livit SA estime que l’obligation de reloger ne s’applique pas lorsqu’un bail est à durée limitée, comme c’est le cas pour Nassim. «Que le bâtiment soit démoli ou pas ne change rien à la chose. Vous savez à l’avance quand la location s’achève», explique la régie. Celle-ci encourage cependant les locataires, quelle que soit leur situation, à prendre contact avec elle. «Nous souhaitons favoriser une bonne entente avec eux et on va toujours essayer de trouver une solution, assure Livit. Mais si nous ne sommes pas tenus au courant de leur cas, nous ne pouvons pas agir.»

Évacuations en hiver

Enfin, si l’on entend régulièrement que les expulsions sont interdites l’hiver, il s’agit en réalité d’une légende urbaine. Contrairement à la France, qui les prohibe du 1er novembre au 31 mars, il n’existe pas de loi en Suisse imposant une trêve hivernale. La conseillère nationale vaudoise Ada Marra (PS) a cependant déposé mercredi une initiative parlementaire pour en créer une, calquée sur le modèle français.

Différents degrés d’urgence 

Parmi les adresses auxquelles il a écrit pour se reloger, l’apprenti a envoyé une demande à la FIDP, qui regroupe les cinq fondations immobilières cantonales de droit public. «Malheureusement, il y a beaucoup d’attente et des priorités plus aiguës que ce cas-ci; une résiliation de bail ne signifie pas qu’on est à la rue», répond la faîtière, qui gère de nombreuses situations de précarité. La première urgence est celle des sans-abri. L’attente peut durer trois mois avant de trouver un toit. Ensuite, il y a entre autres toutes les personnes en foyers ou placées à l’hôtel, comme les victimes de violences domestiques ou les pensionnaires de l’Hospice général. Là, le délai peut atteindre dix-huit mois. Les cas de logements insalubres ou inadaptés (pour un handicapé, par exemple) risquent de mettre beaucoup plus temps à se débloquer: jusqu’à cinq ans. Enfin, les autres candidats doivent parfois patienter… pendant huit ans! La liste d’attente de la FDIP compte près de 7000 noms.

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