Genève - Baston sur le terrain: deux joueurs risquent la prison
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GenèveBaston sur le terrain: deux joueurs risquent la prison

Deux des quatre prévenus jugés pour avoir pris part à une rixe durant un match de foot en 2018 encourent six mois et quatre ans de privation de liberté.

par
Leila Hussein

«Un spectacle navrant témoignant des pires dérives qu’un match peut provoquer.» C’est ainsi que la procureure, Julie Bœuf, a décrit la bagarre générale qui a opposé des joueurs de foot amateur le 10 juin 2018, lors de la finale du championnat genevois de 4e ligue. De l’aveu de tous, la rencontre entre le FC Versoix 2 et le FC Kosova 2 avait pourtant commencé dans une ambiance bon enfant. Mais à la 88ème minute, les choses ont dérapé, faisant deux blessés.

Trois ans plus tard, trois coéquipiers et un supporter de l’équipe kosovare comparaissaient mardi devant le Tribunal correctionnel notamment pour rixe. Également accusé de tentative de meurtre pour avoir asséné un coup de pied à la tête d’un joueur versoisien à terre, l’un d’eux risque quatre ans de prison ferme et sept ans d’expulsion de Suisse.

Peines jugées excessives

Le Ministère public a aussi requis une peine privative de liberté contre un autre prévenu pour «avoir remis de l’huile sur le feu par son intervention injustifiée». Au vu de ses trois précédentes condamnations pour infraction à la loi sur les étrangers, le Parquet a réclamé 180 jours de détention. Une sanction jugée excessive par la défense. «Il y est allé avec une intention qui partait d’un bon sentiment. Mais lorsqu’il a reçu un coup, son intention a évolué», plaide son avocat, Me Guillaume De Candolle, qui rappelle que son mandant n’a aucun antécédent de violence et est parfaitement intégré en Suisse.

Même son de cloche du côté de Me Rhoxane Gros, dont le client encourt 24 mois de prison avec sursis et une amende de 4000 francs. «Cela ressemble à une condamnation pour l'exemple plus qu’à une peine qui tient compte des circonstances du cas d’espèce.» Pour la procureure, il s’agit de punir «le comportement inadmissible de joueurs qui se sont défoulés et ont tapé pour faire mal». Comme ça a été le cas de cet homme qui «n’a eu de cesse d’alimenter l’agressivité de la bagarre et s’en est pris à des personnes incapables de se défendre.»

«Il aurait pu perdre la vie»

À l’occasion de ce deuxième jour de procès, elle a décrit le déferlement de violence qui a eu «des dégâts tant physiques que psychiques sur les victimes». Un coup de pied dans la tête d’un joueur à terre à la manière d’un pénalty, un saut, pied en avant dans la mêlée, chaussé de crampons et une pluie de coups de pied et de coups de poing. Il suffit de regarder les images, estime Julie Bœuf. «Elles sont glaçantes, à la limite du supportable».

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Le 10 juin 2018, la fin du match de 4e ligue genevoise entre le FC Versoix 2 et le FC Kosova 2 a gravement dégénéré. 

Le 10 juin 2018, la fin du match de 4e ligue genevoise entre le FC Versoix 2 et le FC Kosova 2 a gravement dégénéré.

lecteur reporter
 Un joueur versoisien a perdu connaissance sur le terrain, l'os orbital fracturé. Un autre, roué de coups, a été hospitalisé avec plusieurs côtes cassées.

Un joueur versoisien a perdu connaissance sur le terrain, l'os orbital fracturé. Un autre, roué de coups, a été hospitalisé avec plusieurs côtes cassées.

lecteur reporter
Un joueur du FC Kosova 2 est prévenu de tentative de meurtre pour avoir asséné un coup de pied à la tête d’un homme à terre. 

Un joueur du FC Kosova 2 est prévenu de tentative de meurtre pour avoir asséné un coup de pied à la tête d’un homme à terre.

lecteur reporter

Selon Me Jeremy Carrat, dont le client a perdu connaissance après avoir reçu un coup de pied au visage, ce dernier «a eu infiniment de chance ce jour-là. Il aurait pu perdre la vie». Par cet acte, l’auteur a accepté la possibilité d’une issue fatale. Il y a donc bien tentative de meurtre, à tout le moins par dol éventuel, poursuit l’avocat. Pis encore, l’accusé «a quitté la scène laissant la victime pour morte avant de continuer sa route et de retourner dans la mêlée. »

Un coup de pied réflexe

«Quelqu’un a-t-il étudié ce coup de pied et sa puissance?» C’est la question que pose à l’audience Me Farideh Maresca Bagheri, avocat de l’homme au cœur des débats du jour. «Personne», assure-t-il pointant du doigt une instruction inexistante. « Moi, je l’ai fait». L’homme de loi livre alors les détails de ses investigations. Son client n’a pas pris d’élan. Il a tiré du mauvais pied (du droit, alors qu’il est gaucher). Sa position n’était pas optimale pour frapper avec force. Enfin, le coup, pourtant décrit comme extrêmement violent par l’accusation, n’a provoqué aucun bruit.

Conclusion: «celui-ci n’a pas pu être puissant. Pas plus qu’un coup de poing au visage. Ce n’est donc pas le geste de quelqu’un qui cherche à tuer.» Sans compter que son client n’avait pas l’intention de viser la tête. Selon lui, il n’en a pas eu le temps, l’altercation s’étend déroulée en une fraction de seconde. «Ce coup de pied était un réflexe», conclut le défenseur, qui appelle les juges à ne pas expulser du pays ce père de famille.

Soupirs et hochements de tête indignés du côté de la partie plaignante. «Il n’y a aucun doute possible», martèle Me Carrat. Le Tribunal Fédéral l’a lui-même dit à plusieurs reprises. «Le coup de pied à la tête est un acte susceptible de causer des lésions corporelles graves, voire la mort. Un seul coup suffit pour retenir la tentative de meurtre. La gravité de l’acte ne se mesure pas à ses conséquences.»

Demande de sursis

Enfin, le Ministère public a réclamé une peine pécuniaire de 50 jours amende à 50 francs avec sursis et une amende comme sanction immédiate de 500 francs contre le quatrième amateur de foot. Prévenu de rixe, ce supporter du FC Kosova 2 s’était joint à la bagarre en cours de route. Seul accusé à ne pas avoir frappé durant la mêlée, il est aussi le seul à avoir demandé son acquittement.

Les trois autres hommes ont admis la majorité des faits. Les accusations de tentative de meurtre et de tentative de lésions corporelles simples sur personne hors d’état de se défendre ont toutefois été rejetées. Tous les défenseurs ont demandé à ce que les peines soient assorties de sursis et ont invité les juges à rendre un jugement juste et proportionné. Verdict jeudi après-midi.

Deux joueurs à terre

Au terme de la bagarre générale, un joueur versoisien gisait à terre, évanoui, le plancher orbital brisé par un coup de pied en pleine tête, tandis qu’un autre également au sol comptait plusieurs côtes cassées, entre autres blessures. L’association genevoise de football a prononcé d’importantes suspensions contre les fautifs. Le Ministère public s’est emparé de l’affaire le lendemain de l’incident. Il a déjà condamné plusieurs protagonistes par ordonnance pénale. Une formation anti-violence obligatoire pour les entraîneurs a été présentée mardi par les autorités.

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