Actualisé 15.06.2010 à 16:00

Procès Kerviel

Bataille au sujet de la trésorerie du trader

La trésorerie gérée par le trader de la Société générale Jérôme Kerviel a fait mardi l'objet d'une querelle au tribunal de Paris.

Jérôme Kerviel aurait fait perdre près de 5 milliards d'euro à la Société générale.

Jérôme Kerviel aurait fait perdre près de 5 milliards d'euro à la Société générale.

Beaucoup de chiffres et un témoignage à l'appui: l'audience de mardi devant le tribunal de Paris a donné l'impression que les supérieurs de l'ancien trader de la Société Générale Jérôme Kerviel lui avaient laissé la bride sur le cou, sans chercher à savoir d'où venaient ses gains.

L'ancien trader était «impressionnant, considéré comme une star» dans la salle de marché, et sa hiérarchie le laissait prendre des positions spéculatives, a affirmé devant la cour un ancien «élève» de Jérôme Kerviel, Taoufik Zizi.

Une «star», parce que «ce n'est pas tout le monde qui arrive à gagner un million d'euros par jour», a commenté le jeune homme, âgé de 26 ans, ancien «assistant trader», licencié par la banque française, Société Générale, en octobre 2008.

Plusieurs ex-collègues traders de Jérôme Kerviel étaient cités comme témoins par la défense. Mais, comme la semaine dernière, un seul s'est présenté devant la cour, qui examinait mardi les différents «signaux» démontrant, selon la défense, que les opérations du trader ne pouvaient pas passer inaperçues.

Activité visible

Il y a d'abord eu l'évolution erratique de sa trésorerie en 2007. Jérôme Kerviel, chemise blanche, costume et cravate sombres, a expliqué que cette trésorerie, passée d'un «trou» de deux milliards d'euros à un solde positif de plus d'un milliard, était le «reflet» de son activité, que ses supérieurs pouvaient voir.

Quand sa trésorerie était «positive», il lui est arrivé de «prêter» de l'argent à des collègues traders et quand elle était négative, il empruntait, ponctuellement jusqu'à un milliard. Taoufik Zizi a d'ailleurs reconnu avoir profité des largesses de trésorerie de Jérôme Kerviel, à hauteur de 300'000 euros.

Face à lui, Claire Dumas, qui représente la Société Générale, partie civile au procès, a contesté cette lecture. «Une situation de trésorerie à un moment donné ne traduit pas forcément un résultat», a-t-elle déclaré. Elle a aussi souligné que l'emprunt évoqué par l'ancien trader était «fictif», comme de nombreuses autres opérations destinées à dissimuler ses agissements.

Le tribunal a aussi examiné le résultat déclaré fin 2007 par Jérôme Kerviel, de l'ordre de 55 millions d'euros. «C'est indéniable, la croissance du résultat aurait pu alerter le management», a reconnu Claire Dumas.

Rupture annoncée

En plein procès, la Société Générale a dévoilé mardi son plan stratégique à horizon 2015, marqué par des objectifs chiffrés ambitieux et une rupture avec l'ancien modèle de la banque, évoqué en ce moment lors du procès.

Tournant résolument le dos à la crise financière et aux déboires de l'époque, son PDG, Frédéric Oudéa, a affirmé que l'affaire Kerviel «c'est déjà le passé». Il a annoncé 2010 comme «une année charnière, l'année du rebond de la Société Générale». (ap)

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