Procès AZF: Bataille d'experts en chimie devant le tribunal
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Procès AZFBataille d'experts en chimie devant le tribunal

Le tribunal correctionnel a commencé à auditionner mardi des experts en chimie qui doivent éclairer les débats sur l'origine de l'explosion de l'usine AZF, qui a fait 31 morts et plus de 2.000 blessés à Toulouse le 21 septembre 2001.

La thèse officielle -le contact explosif entre les produits chlorés et les ammonitrates- est contestée par certains.

Au terme de cinq années d'investigations, les experts judiciaires avaient conclu dans leur rapport final, remis le 16 mai 2006, à un accident chimique provoqué par la mise en contact, vingt minutes avant l'explosion, de DCCNa, un produit chloré, avec une demi-tonne de nitrate d'ammonium, déversés sur un tas de nitrates. Selon ces mêmes experts, une série de «négligences» et de «dysfonctionnements» avait rendu possible le mélange accidentel de ces produits.

Cette thèse de l'accident chimique fait débat depuis plusieurs années au sein de la communauté scientifique. Avant d'entendre les experts, le président du tribunal correctionnel a présenté deux scellés comportant respectivement du nitrate d'ammonium industriel (NAI) et du nitrate d'ammonium agricole (NAA).

Le premier expert entendu a été Jean Quinchon, ingénieur général de l'armement, spécialisé dans l'étude et la fabrication des produits explosifs. M. Quinchon a estimé que l'usine AZF n'avait pas pris les mesures nécessaires pour éviter le croisement de produits incompatibles tels le nitrate d'ammonium et les produits chlorés. «Depuis longtemps, on fabriquait dans la même usine du nitrate d'ammonium au nord et des produits chlorés au sud de l'usine. La direction avait introduit une barrière immatérielle totale. L'erreur est d'avoir pris le même ouvrier pour s'occuper des deux types de déchets. Il a dû faire une erreur. Tout le monde a droit à l'erreur, celle-ci a été catastrophique», a précisé M. Quinchon.

La deuxième grave erreur, selon lui, c'est ce dépôt de nitrate que l'on sait impur. «Il y avait donc un risque aggravé puisqu'il y a avait sans doute plus de 2% de matière organique dans le tas que contenait le hangar», a-t-il précisé avant d'ajouter: «J'ai l'intime conviction que l'hypothèse chimique est la meilleure, due à l'impureté du nitrate».

Le deuxième expert à se présenter à la barre a été Armand Lattes, professeur émérite de chimie à l'université Paul-Sabatier de Toulouse et ancien directeur de l'Ecole de chimie de Toulouse, pour qui la thèse officielle ne paraît pas vraisemblable.

Le Pr Lattes a commencé son audition en expliquant les propriétés du nitrate d'ammonium. «Cet engrais peut s'avérer explosif selon la granulométrie, la température, l'ajout d'un hydrocarbure ou le confinement», a-t-il dit. Des explosions dues au nitrate d'ammonium se sont déjà produites mais elles seraient causées par l'emploi d'un détonateur ou par l'effet d'un incendie. «Aucun incendie n'a été constaté le 21 septembre 2001», a précisé M. Lattes.

L'ajout de chlore au nitrate d'ammonium rend le mélange instable, mais le Pr Lattes a précisé que les produits en question devaient être «mélangés intimement». Si les deux produits avaient été mélangés, il y aurait eu une réaction gazeuse que le personnel de l'usine aurait repérée, ce qui n'a pas été le cas le 21 septembre, selon lui.

«Dans le communauté scientifique que je côtoie depuis nombreuses années, mes collègues et moi-même ne sommes pas d'accord avec la thèse de l'accident chimique qui est défendue par l'instruction», a reconnu le scientifique.

Deux membres du collège d'experts à l'origine du rapport privilégiant l'accident chimique, Dominique Deharo et Claude Calisti, viendront défendre mercredi la thèse officielle à la barre du tribunal. (ap)

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