Suisse - Bateau sans émission de CO2: la grande offensive
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SuisseBateau sans émission de CO2: la grande offensive

Berne s’intéresse à la navigation propre. Un sondage national est lancé pour doper cette mobilité.

par
Jérôme Faas
La CGN songe à mettre sur pied une traversée lacustre propre.

La CGN songe à mettre sur pied une traversée lacustre propre.

VQH

Le transport lacustre écolo a le vent en poupe. Fin mars, on apprenait dans la «Tribune de Genève» qu’une traversée du Léman entre Bellevue et Corsier opérée à terme par une navette propre de la CGN était sur les rails pour 2024. Mercredi, l’association Zero emission boat lançait un sondage national avec un double objectif: cerner à quelles conditions les usagers seraient prêts à abandonner la route au profit de l’eau; et utiliser les résultats pour convaincre les autorités et les opérateurs.

«Investir dans les routes, c’est bien, mais cela coûte très cher et surtout, on arrive aux limites physiques de ces infrastructures», constate Sue Putallaz, présidente de l’association. Or, observe-t-elle, alors que le bitume est pris d’assaut, «nous avons au sein de nos agglomérations de magnifiques voies bleues, qui plus est gratuites: les lacs.» Elle promeut donc une mobilité aquatique et écologique, persuadée que les bateaux à zéro émission de CO₂ représentent l’avenir.

L’offensive s’inscrit dans un cadre plus vaste que porte l’Office fédéral des transports (OFT). Il a en effet lancé une étude de faisabilité à laquelle participent l’association, Vaud, le Valais et Genève, la CGN (Compagnie générale de navigation sur le Léman), les hautes écoles et divers partenaires industriels (dont une société que dirige aussi Sue Putallaz). Ses résultats sont attendus pour fin 2021. Dans sa description du projet, l’OFT explique vouloir déterminer l’opportunité de «concevoir un bateau de transport public innovant», propre, rapide et susceptible d’augmenter l’attractivité du transport lacustre pour délester les routes.

«La technologie est mûre»

Le document fédéral précise également que le projet doit aboutir à «au moins un prototype de navire» pour la CGN, qui a prévu «d’accomplir la transition énergétique dans les dix ans». Sue Putallaz assure que «le bateau n’est pas un problème. Les industriels maîtrisent tout. La technologie est mûre.» Le hic, c’est que le bateau ne suffit pas. «Ce qui est délicat, c’est son intégration au réseau de transport, aux débarcadères, ainsi que les infrastructures de recharge.»

Les Services industriels genevois (SIG) et Romande énergie ont ainsi été sollicités pour connaître les puissances disponibles à terre et évaluer les coûts, qui diffèrent selon que l’on choisisse une motorisation électrique simple, à recharge rapide ou utilisant l’hydrogène. «Il faut une solution efficace, à coût raisonnable et à la mise en œuvre réaliste», défend Sue Putallaz. Mais la machine est lancée. «La demande est très forte, note Olivier Perroud, responsable de l’unité mobilité des SIG. Le but à terme est d’électrifier tout le parc de la CGN.»

Comme à vélo

«Pour un trajet de la rive droite à la rive gauche à 8 h, un bateau zéro émission avec 300 passagers à bord est comparable au vélo électrique en termes de temps et de dépense énergétique par passager», assure Sue Putallaz. La voiture est un peu plus lente, mais est écrasée en termes d’énergie, même si elle est électrique. Les SIG confirment l’ordre de grandeur: «Le bateau est l’un des transports les plus efficients.»

La recharge, nerf de la guerre

Les Services industriels genevois (SIG) sont impliqués dans ce projet comme partenaires. Leur rôle: proposer des solutions de charge. Ils en étudient trois: une hyperrapide, à chaque arrêt (sur le modèle du bus TOSA), une rapide, deux fois par jour, et une recharge nocturne. L’utilisation de l’hydrogène est aussi envisagée – qu’il faudrait alors amener sur place ou produire sur une base flottante. Bref, toutes ces options ont des avantages et des défauts, notamment en termes d’impact sur le paysage. «Nous, nous pouvons tout fournir. La CGN doit décider en fonction des coûts, des autorisations et des délais d’installation», indique Olivier Perroud, des SIG.

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