Actualisé 22.04.2007 à 18:20

«Bayrou est au centre du jeu, la surprise c'est Le Pen»

Rémy Lefebvre, professeur de sciences politiques à Lille, chercheur au CERAPS, tire les premiers enseignements du scrutin à l'aide des estimations d'IPSOS.

Quels sont les premiers enseignements du scrutin ?

«Ce qui est frappant, c'est le fort score des partis de gouvernement, puisque les 3 premiers candidats (UMP/PS/UDF) recueillent environ 70% des suffrages au lieu de 40% en 2002. L'autre élément notoire, c'est la participation record, au-delà de celle de 1981 qui, en sciences politiques, représentaient l'étalon de l'élection mobilisatrice par excellence. Et vu qu'on considère le taux d'abstention minimale à 10%, on est à 5 points d'une mobilisation maximale. Cette forte participation pénalise en premier Le Pen.

Que peut-on dire des scores, encore provisoires, de Sarkozy et Le Pen ?

Si le score de Sarkozy à 30% se confirme, c'est un score historique pour la droite, qui nous ramène à celui de Giscard en 1974. Il explose les scores précédents de Chirac, qui n'avait jamais été allé bien au-delà des 20%. Cela laisse à penser que Sarkozy devra aller chercher d'autres voix que celles de l'extrême droite.

La grosse surprise, c'est Le Pen : on s'attendait à une sous-évaluation de son score par les instituts de sondage, en fait cela semble être l'inverse (il est annoncé entre 10 et 13%). Même si au regard de la participation, la comparaison entre 2002 et 2007 n'est pas très fiable, on remarque le report d'un tiers du score de Le Pen vers Sarkozy. Cela confirme que la stratégie de droitisation du candidat UMP est payante. En même temps, elle est périlleuse, car il a fait presque le plein des voix et n'a plus de réservoir à l'extrême droite. Traditionnellement, on a observé que 50% des voix FN se reportent sur le candidat de droite, 25% à gauche et 25% s'abstiennent.

Quant au score de Ségolène Royal ?

Royal fait un bon score de premier tour (autour de 25%), sans être exceptionnel. Un score solide pour attaquer le deuxième tour sans être battue d'avance. Mais elle est confrontée à une quadrature du cercle, car elle va devoir mobiliser à la gauche du PS, en comptant sur une cristallisation anti-Sarkozy, tout en récupérant l'électorat de Bayrou. Peut-être que l'annonce de son Premier ministre entre les deux tours pourrait la servir.

Enfin, Bayrou ?

Bayrou demeure la surprise de ce scrutin, en triplant son résultat de 2002. Même s'il n'est pas qualifié, il est très au-delà de la base électorale centriste, qu'on estime à 10%. Il est désormais au centre du jeu et, mais je me trompe peut-être, je le vois mal donner une consigne de vote au second tour. Il a un capital électoral à faire fructifier, et ce serait cohérent qu'il conserve sa posture de troisième homme dans la logique des législatives. Mais est-ce que ses proches le suivront ?

Propos recueillis par Stéphane ALLIES

20min.fr

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