Actualisé 21.02.2014 à 15:26

Selon des Luxembourgeois«Beaucoup de Suisses ont honte du résultat»

Plusieurs politiques luxembourgeois ont vivement critiqué la votation suisse pour limiter l'immigration. Des expatriés installés en Suisse donnent leur avis.

de
Fatima Rougi/ Laurence Bervard

«C'est à désespérer du droit de vote, si des citoyens sont aussi bêtes». Il y a quelques jours, l'eurodéputée luxembourgeoise Astrid Lulling défrayait la chronique en critiquant vivement la votation suisse. «Heureusement qu'on n'a pas de référendum (au Luxembourg). Je ne sais pas ce que ça donnerait chez nous», avait-elle alors confié. Selon Corinne Cahen, ministre de la Famille interrogée ce mercredi par L'essentiel, «si cette votation était organisée au Luxembourg, le résultat serait encore plus prononcé».

Jacky, Luxembourgeois de 29 ans, habite et travaille à Zurich depuis 2011. Il préfère ne pas s'exprimer sur le résultat d'un tel référendum au Luxembourg, car «cela relèverait de la spéculation» mais il a quand même sa petite idée. Comme en Suisse «dans les grandes agglomérations il y aurait une tendance à être contre une limitation des étrangers, tandis que dans les petits villages plus isolés ils seraient pour». Mais selon lui, même si «on peut définitivement comparer les deux pays, il faut bien considérer leur histoire différente et une attitude différente».

«Les étrangers sont beaucoup moins discriminés au Luxembourg»

L'importance de l'immigration, le travail frontalier, le dynamisme du secteur financier ou encore le multilinguisme. Il est vrai que le Luxembourg et la Suisse partagent de nombreuses similitudes mais aussi des différences. Ainsi, selon Catherine, Luxembourgeoise de 23 ans qui étudie en Suisse, «je trouve que les étrangers sont beaucoup moins discriminés au Luxembourg qu'en Suisse».

Un constat partagé par l'APEC (Association pour l'emploi des cadres) dans son comparatif de l'emploi cadre transfrontalier en Suisse et au Luxembourg. Selon l'association, les frontaliers ont droit aux mêmes prestations sociales que les résidents au Luxembourg mais pas en Suisse. De plus, à la différence de la Suisse, il n'existe pas de partis politiques antifrontaliers au Luxembourg.

Entre honte et peur

Plus généralement, selon Catherine, «beaucoup de Suisses ont honte du résultat du référendum». «Cela m'a fait penser à la radicalisation de la droite en Europe et à l'époque nazie», confie Jacky, qui se veut tout de même positif. Il rappelle ainsi que «seuls» 50,3% des électeurs ont voté pour une limitation de l'immigration. Le site Internet theotherhalf.ch permet d'ailleurs aux 49,7% qui ont dit «non» de s'exprimer. Son fondateur expliquait vouloir «montrer aux autres pays que la Suisse, ce n'est pas QUE ce vote».

Pour Nadine, Luxembourgeoise de 27 ans qui travaille désormais à Berne après cinq ans d'études en Suisse, «la campagne jouait beaucoup sur la corde émotionnelle». La crise économique, le pessimisme ambiant, la peur de l'étranger... autant de raisons qui expliqueraient ce résultat. Mais au delà de ça, nos trois Luxembourgeois s'inquiètent pour l'avenir de leur pays d'adoption. «Nous nous demandons tous: comment peut survivre la Suisse, du point de vue économique, mais aussi du point de vue social?», confie Nadine.

«Du point de vue professionnel, je n'ai pas vraiment peur de perdre mon boulot après la votation. Il y a un manque de personnel flagrant dans mon domaine, l'orthopédagogie, donc je me dis qu'ils auront besoin de moi. Et puis, s'ils commencent à repousser des universitaires formés qui sont en plus intégrés à la société et parlent la langue, je ne sais pas qui pourrait rester», s'interroge Nadine, déterminée à rester dans le pays. Quand on demande à Jacky si ce résultat lui donne envie de quitter la Suisse, il répond: «Disons que cela m'encourage plutôt à la quitter que le contraire»...

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