Mort à Londres: «Berezovski a fait un mystère même de sa mort»
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Mort à Londres«Berezovski a fait un mystère même de sa mort»

De l'empoisonnement au polonium d'Alexandre Litvinenko en 2006 à la découverte du corps sans vie de Boris Berezovski, plusieurs décès ont soulevé des interrogations ces dernières années.

Une autopsie du corps du milliardaire russe Boris Berezovski, retrouvé mort samedi à son domicile proche de Londres, devait être pratiquée lundi après-midi. Les enquêteurs ont réaffirmé qu'il n'y avait pour l'heure aucune preuve de l'«implication d'une tierce personne» dans ce décès.

L'autopsie, réalisée par un médecin légiste du ministère de l'Intérieur comme c'est le cas dans les affaires sensibles, devait «commencer à 13H00» (14H00 suisses), a indiqué la police dans un communiqué. Les résultats n'étaient attendus que plus tard dans la soirée», a précisé la police, sans être toutefois en mesure de dire s'ils allaient être rendus publics dans la foulée.

Boris Berezovski, 67 ans, opposant de longue date à Vladimir Poutine, a été découvert samedi après-midi par l'un de ses employés. Il gisait sur le sol de la salle de bain de sa résidence d'Ascot, une ville cossue située à une soixantaine de kilomètres au sud-ouest de Londres.

Son corps «a été transporté hors de la propriété dans la nuit» de dimanche à lundi, selon les enquêteurs. Ceux-ci continuaient lundi à examiner la maison, toujours interdite d'accès par un cordon de sécurité. Ces investigations «devraient durer plusieurs jours», selon la police, qui s'est refusée pour l'instant à «tout commentaire sur les éventuels éléments trouvés dans la propriété».

Spéculations

L'annonce de la mort de l'oligarque samedi a aussitôt fait naître des soupçons de meurtre. «Nous n'avons aucune preuve de l'implication d'une tierce personne», a réaffirmé lundi le commissaire Kevin Brown, un des responsables de l'enquête, refusant de «spéculer sur les causes de la mort avant que les résultats de l'autopsie soient connus».

Certains proches du milliardaire ont mis en avant son état dépressif, mais la thèse d'un suicide a été écartée par d'autres amis du défunt. La presse russe, citant experts ou politiques, avançait elle lundi toutes les hypothèses possibles, allant même jusqu'à envisager un meurtre par le MI5 ou une simple mise en scène.

«Berezovski a fait un mystère même de sa mort», titrait en Une le quotidien populaire Komsomolskaïa Pravda, dans une allusion à la réputation de l'ancien milliardaire exilé en 2000, qui avait été considéré à la fin des années 1990 comme l'éminence grise du Kremlin. Sa veuve Marina Litvinenko, citée lundi par la presse britannique, a jugé «de son point de vue peu probable» que Boris Berezovski se soit suicidé. «Il avait beaucoup d'ennemis», a-t-elle assuré.

Le milliardaire était l'une des figures à Londres d'un groupe d'exilés militant contre le président russe, auquel avait appartenu Alexandre Litvinenko.

Ce dernier, transfuge du FSB (services de renseignement russes), avait été empoisonné en novembre 2006 au polonium, une substance radioactive. Il avait, peu avant, bu un thé dans un hôtel londonien avec l'homme d'affaires Dmitri Kovtoun et Andreï Lougovoï, un agent secret russe.

La chaîne publique Pervy Kanal cite l'avis de l'ancien membre du FSB russe: «Quand des gens comme lui sont assassinés, il faut comprendre qu'il y a toujours une raison. (...) Faire du bruit et accuser la Russie ? C'est ridicule, il n'y a pas de bénéfice politique à en tirer», a affirmé M. Lougovoï, que la Russie a refusé d'extrader et qui est devenu député de la Douma (chambre basse).

Le MI5 plutôt que le FSB?

Un autre député, le leader du Parti libéral-démocrate (populiste pro-Kremlin) Vladimir Jirinovski, envisage pour sa part un meurtre commis non par les services russes, mais par le MI5, le service de renseignement britannique, dans les pages du journal Izvestia.

Selon M. Jirinovski, qui dit avoir rencontré Boris Berezovski de manière fortuite lors de vacances en Israël en janvier, celui-ci voulait revenir d'exil et faire amende honorable. Une version déjà avancée par le Kremlin, mais sur laquelle des proches de M. Berezovski ont émis de grands doutes.

«Mais nous (la Russie, ndlr) n'avons pas eu le temps, c'est sûr, les services secrets britanniques ont tout appris, ils écoutaient son téléphone», a déclaré M. Jirinovski à Izvestia. «Il est possible qu'ils aient accéléré sa fin. Tous les services secrets ont cette tactique. Il y a aujourd'hui beaucoup de possibilités de provoquer un infarctus ou une attaque», a-t-il ajouté.

Le politologue et député pro-Kremlin Viatcheslav Nikonov, cité par Pervy Kanal, va pour sa part jusqu'à avancer que Boris Berezovski n'est peut-être pas mort. «Il y a eu tellement de mises en scène, de combines et de plans -- c'est un cerveau diabolique -- que je ne pouvais pas m'imaginer que cet homme pouvait mourir de cette façon. (...) C'est pourquoi tant qu'il n'y aura pas de preuves qu'il est mort, j'aurai des doutes», a déclaré M. Nikonov. (20 minutes/afp)

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