Actualisé 26.06.2008 à 20:38

Berlin célèbre les 60 ans du pont aérien

Il y a 60 ans, le 26 juin 1948, les Alliés mettaient en place un pont aérien pour ravitailler pendant près d'un an Berlin-Ouest soumis au blocus soviétique.

«Je trouve le courage avec lequel cette opération a été menée vraiment admirable», a déclaré le ministre allemand de la Défense Franz Josef Jung lors d'une cérémonie à la base aérienne américaine de Wiesbaden, dont nombre des appareils décollaient.

Le pont aérien empêcha Berlin-Ouest de tomber aux mains des Soviétiques et contribua aussi à panser certaines plaies laissées par la Seconde guerre mondiale entre Allemands et Américains.

Mais ce n'était pas évident au début de l'opération, le 26 juin 1948, quand 32 C-47 Américains -version militaire du bimoteur DC-3- s'envolèrent avec 80 tonnes de provisions, du lait en poudre, de la farine et des médicaments esentiellement, jusqu'à l'aérodrome de Berlin-Tempelhof.

L'avenir apparaissait alors «sinistre» aux Berlinois, rappelle Helmut Trotnow, directeur du musée des Alliés de Berlin. «Il n'y avait pas de lumière au bout du tunnel, mais le pont aérien a apporté cette lumière». «Sans le sucès du pont aérien, l'histoire se serait déroulée de façon très différente», souligne-t-il. «C'est vraiment un tournant».

A la fin de la Seconde guerre mondiale, après la victoire des Alliés sur le régime nazi, l'Allemagne vaincue avait été divisée en plusieurs secteurs sous administration de la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis à l'ouest, et de l'Union soviétique à l'est. La ville de Berlin, située à l'intérieur du secteur soviétique, fut elle-même divisée entre les quatre puissances.

En juin 1948, dans une tentative pour obliger les puissances occidentales à abandonner Berlin-Ouest, Staline décida de bloquer ses accès routiers, ferroviaires et maritimes depuis l'Allemagne de l'Ouest.

Le 26 juin, les aviations américaine et britanniques lançaient alors l'»Operation Vittles» (opération victuailles), qui allaient ravitailler quelque deux millions de Berlinois en nourriture et carburant pendant 11 mois jusqu'à ce que les Soviétiques lèvent le blocus. Le 12 mai, à minuit et une minute, les Soviétiques levaient le blocus. Mais les vols se poursuivirent jusqu'au 30 septembre, au cas où Staline aurait changé d'avis.

Donnant le ton des décennies de Guerre froide qui allait suivre, aucune des parties ne fit usage de la force dans cette bataille. Mais 39 Britanniques, 31 Américains et au moins cinq Allemands y laissèrent leur vie, tués dans des accidents.

Au total, les pilotes américains, britanniques, canadiens, australiens, néo-zélandais et sud-africains effectuèrent 278.000 vols vers Berlin, acheminant 2,3 millions de tonnes de nourriture, de charbon, de médicaments et autres denrées.

En une journée, le 16 avril 1949, l'opération de «la Parade de Pâques» vit même un record de quelque 1.400 appareils transporter près de 13.000 tonnes de provisions en 24 heures. Soit en moyenne un atterrissage toutes les 62 secondes.

Au sol à Berlin, d'anciens mécaniciens de la Luftwaffe, l'armée de l'air allemande, furent enrôlés pour aider à la maintenance des avions et 19.000 Berlinois, des femmes pour près de la moitié, travaillèrent 24 heures sur 24 sans répit pendant trois mois pour construire l'aéroport Tegel, qui allait soulager les bases aériennes britannique, Gatow, et américaine, Tempelhof.

«Ca a complètement changé ma vie», raconte l'un des pilotes américains de l'opération, Gail Halvorsen, aujourd'hui retraité dans l'Utah, lors de la cérémonie de Wiesbaden. «Nous opérions avec nos anciens ennemis pour un objectif commun: la liberté».

«Quels que soient vos sentiments envers les Allemands, il fallait bien rendre hommage à leur détermination», se rappelait un autre pilote américain Bill Voigt, 87 ans, lors d'un récent voyage à Berlin. Pour leur part, les Allemands, particulièrement les Berlinois, se rappellent avoir découvert le visage humain de leurs anciens ennemis, travaillant pour la première avec les forces occupantes sur une aussi grande échelle.

Dans un récent entretien, Gail Halvorsen jugeait qu'on oublie trop souvent que les Soviétiques offraient de meilleures rations aux habitants de Berlin-Ouest qui s'enregistraient auprès des autorités communistes. Une offre que seuls 20.000 d'entre eux acceptèrent.

A 87 ans, il est sans doute le pilote le plus connu de l'opération, pour avoir inauguré les lâchers de sucreries pour les enfants berlinois, portés par de petits parachutes taillés dans des mouchoirs. C'est lui qui lança cette opération «Little Vittles» (petites victuailles), bientôt suivi par d'autres pilotes.

Le 19 août 1948, une dépêche de l'agence Associated Press, reprise dans plusieurs journaux aux Etats-Unis allait vraiment faire connaître l'opération. L'article intitulé «Le bombardier aux bonbons survole Berlin» allait même déchaîner une vague de dons de confiserie et mouchoirs. (ap)

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