Adieu à Tempelhof: Berlin rend hommage à son aéroport mythique
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Adieu à TempelhofBerlin rend hommage à son aéroport mythique

Une page de l'Histoire allemande et de celle du «monde libre» s'est tournée jeudi soir: l'aéroport de Tempelhof, symbole du pont aérien qui sauva Berlin-Ouest du blocus soviétique il y a 60 ans, a définitivement fermé ses portes, lors d'une cérémonie émouvante et festive.

Quelque 800 invités triés sur le volet, issus du monde politique ou économique, s'étaient réunis dans la soirée dans l'immense hall principal de l'aéroport (dont la superficie approche le demi-hectare) pour assister, au cours d'une soirée de gala au son du swing des années 1940, au départ des tout derniers avions.«Cette soirée est particulièrement chargée en émotions, et c'est quelque chose qu'il faut respecter», a déclaré à la tribune le maire de Berlin Klaus Wowereit, hué et sifflé par une partie des convives car il incarne à leurs yeux celui qui a décidé la fermeture de Tempelhof, après 85 ans de bons et loyaux services.Le maire a une nouvelle fois défendu cette décision, en expliquant que, par sa situation en plein centre-ville, Tempelhof était incompatible avec les exigences du transport aérien moderne.L'aéroport mythique, qui fut le plus grand aéroport d'Europe dans les années 1920 avant d'être profondément transformé et agrandi par les nazis, n'a accueilli que 350.000 passagers l'an dernier, contre 19 millions en tout à Tegel et Schönefeld, les deux autres aéroports berlinois.A terme, d'ici 2011, l'intégralité du trafic doit être regroupée à Schönefeld, une stratégie dont le maire a défendu le bien-fondé notamment en termes de «sécurité» et de «respect de l'environnement». Mais M. Wowereit a là encore essuyé de nombreux sifflets et huées de la part des convives, tandis qu'au dehors, quelques centaines de personnes, portant de petites lanternes, manifestaient dans le froid contre la fermeture de l'aéroport, qu'elles qualifient de «honte pour Berlin et pour toute l'Allemagne».Lors de la soirée de gala, en partie diffusée en direct sur une chaîne de télévision locale publique, les invités ont pu redécouvrir, à travers des films documentaires, la longue histoire de cet aéroport-symbole. Tempelhof permit à l'armée américaine de ravitailler Berlin-Ouest en 1948-49 lors du blocus imposé par les Soviétiques, puis fut utilisé comme porte de sortie vers l'Ouest par les Allemands de l'Est qui avaient réussi à passer le Mur.Vers 22H00 locales, le dernier vol commercial, un Dornier 328 de la compagnie Cirrus Airlines, a quitté Tempelhof à destination de Mannheim (sud-ouest).Puis, vers 23h30 locales, les centaines d'invités sont sortis sur le tarmac, où des jeux de lumière illuminaient l'immense toit du bâtiment, de 1,2 km de long. Au son d'une musique new age, les spectateurs ont alors acclamé les deux derniers appareils à quitter l'aéroport historique.Les pilotes de ces deux appareils de collection à hélices, un DC-3 de l'armée américaine et un Junkers Ju-52 - utilisés ces dernières semaines pour emmener les touristes dans des survols nostalgiques de la capitale - ont salué la foule de la main, à travers la fenêtre de l'appareil, puis ont pris simultanément leur envol sous les applaudissement, pour rejoindre leur nouvelle base de Schönefeld. Après quoi, à minuit pile (23h00 GMT), les repères lumineux blancs, bleus et rouges se sont éteints sur le tarmac de près de 400 hectares, scellant officiellement la mort de Tempelhof en tant qu'aéroport - même s'il restait encore sur la piste quatre appareils, qui n'ont pas pu partir dans la journée de jeudi en raison d'une météo très maussade, et qui devraient donc être évacués dans les jours à venir. Reste à savoir ce que deviendra ce bâtiment immense, long de 1,2 km. Classé monument historique, il ne peut être détruit.Des investisseurs ont proposé d'y installer des studios de cinéma ou une énorme centrale électrique solaire. Les Berlinois, eux, ont imaginé d'y installer des bibliothèques, des salles de sport, un musée de l'aviation, voire d'y regrouper les milliers d'animaux des deux zoos de la capitale.

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