Bernard Kouchner prône la fermeté à l'égard de l'Iran, tout en éloignant le spectre de la guerre
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Bernard Kouchner prône la fermeté à l'égard de l'Iran, tout en éloignant le spectre de la guerre

Washington - Le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner a tenté de clarifier jeudi ses propos sur l'Iran, estimant lors d'un discours à Washington que la communauté internationale doit se montrer ferme à l'égard de Téhéran, tout en privilégiant la recherche d'une solution diplomatique.

Ses propos intervenaient après l'entretien du président Nicolas Sarkozy sur TF1 et France-2, dans lequel le chef de l'Etat avait déjà recadré son ministre, qui avait déclaré dimanche que le monde devait se préparer au «pire», c'est-à-dire une guerre, si Téhéran parvenait à se doter de l'arme nucléaire.

M. Sarkozy a prôné jeudi des «sanctions plus fortes» à l'égard du régime iranien, précisant: «c'est une affaire extrêmement difficile mais la France ne veut pas la guerre».

«Un Iran doté de la capacité nucléaire militaire est, pour nous, une perspective inacceptable», a déclaré en anglais M. Kouchner, utilisant le même adjectif que le président Sarkozy avait employé quelques heures plus tôt. «Si les sanctions sans dialogue ne peuvent mener qu'à la confrontation, le dialogue sans les sanctions équivaut malheureusement à de la faiblesse».

M. Kouchner se prononçait lors de sa première visite officielle aux Etats-Unis depuis sa nomination au gouvernement au mois de mai. Alors que la position plus offensive contre Téhéran de MM. Sarkozy et Kouchner a été appréciée à Washington, le ministre a répété vendredi qu'il n'avait à aucun moment préconisé le recours aux armes contre l'Iran, après la polémique suscitée par ses propos de dimanche dernier.

«Nous ferons tout en notre pouvoir pour éviter l'épouvantable alternative présentée par le président Sarkozy: la bombe iranienne ou le bombardement de l'Iran», a déclaré M. Kouchner lors de son discours jeudi soir dans un hôtel de Washington.

Son intervention a été interrompue à plusieurs reprises par des activistes anti-guerre. Trois manifestantes ont été évacuées de force après s'être approchées de M. Kouchner avant le début de son discours, criant «pas de guerre avec l'Iran, pas de guerre avec l'Iran».

Le ministre français a alors rétorqué: «elles ont raison, pas de guerre avec l'Iran». Avant de s'adresser directement aux trois femmes: «Mais je suis d'accord!»

Il a cependant souligné que Paris considère la perspective d'une bombe atomique iranienne comme un danger global.

«A ceux qui disent que nous devrions traiter avec l'Iran avec des gants, puisque cela pourrait déstabiliser la région, je dis ceci: regardez son aventurisme aujourd'hui, et imaginez ce que ce serait si Téhéran se pensait un jour protégé par un parapluie nucléaire», a déclaré M. Kouchner.

Il a répété que la France souhaite voir le Conseil de sécurité des Nations unies renforcer ses sanctions contre Téhéran, mais devant la réticence de la Russie et de la Chine, Paris préconise des sanctions européennes.

«Inutile de le dire, ma priorité, mon plus grand espoir serait d'obtenir des sanctions robustes au Conseil de sécurité des Nations unies», a-t-il déclaré. «Mais le temps est compté, et nous ne pouvons nous permettre, étant donné le risque, d'exclure d'autres voies, dont celle de sanctions supplémentaires de l'Union européenne».

Avant son discours, le ministre a rencontré des membres de la commission des affaires étrangères de la chambre des représentants. Il a ensuite été reçu par la commission sénatoriale des Affaires étrangères, puis par le secrétaire à la Défense Robert Gates, avec qui il a discuté notamment de l'Iran.

Il rencontrera vendredi son homologue américaine, la secrétaire d'Etat Condoleezza Rice, ainsi que le conseiller à la sécurité nationale Stephen Hadley.

Dans son discours de jeudi, M. Kouchner a souligné que la France, l'Union européenne et les Etats-Unis sont désormais sortis d'»une des périodes les plus tendues de l'histoire de leurs relations», en raison de la guerre en Irak.

«Des mots sévères, souvent douloureux, ont été prononcés. L'amitié a souvent été oubliée», a déclaré le ministre français. «Nous avons mis cela derrière nous».

AP

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