Initiative Minder: Bernasconi: «parasitisme» des managers
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Initiative MinderBernasconi: «parasitisme» des managers

L'ancien procureur tessinois Paolo Bernasconi soutient l'initiative de Thomas Minder contre les salaires abusifs. Ce texte, en votation le 3 mars, pourrait poser une limite au «parasitisme» des managers.

«Les seuls critères qui comptent aujourd'hui aux yeux des grands cadres lors d'un engagement sont le salaire, le bonus et le parachute doré. Or une personne qui négocie aussi farouchement ses conditions de départ l'a déjà planifié», dénonce le professeur et avocat dans une interview publiée par «Le Matin Dimanche».

En clair: cette personne s'en ira quand elle aura touché suffisamment de bonus en ayant pressé «l'entreprise-citron». Les administrateurs cèdent en disant que cette personne est la meilleure. «C'est ce mensonge qui m'insupporte le plus», dit Paolo Bernasconi.

«Une telle personne n'est pas la meilleure, mais la plus convoitée. Ce n'est plus un dirigeant, mais un mercenaire», fustige l'ancien procureur, spécialiste du blanchiment d'argent. Elle restera quelques années pour toucher ses bonus et s'en ira, probablement juste avant la catastrophe, en tirant son parachute doré. Avant d'aller recommencer ce petit jeu dans la prochaine «entreprise-citron».

Le système des bonus, d'inspiration anglo-saxonne, donne un avantage aux patrons qui réalisent un profit maximal dans le temps le plus court, explique M. Bernasconi. Ils sont récompensés pour agir de la sorte, en se moquant des conséquences à long terme de leurs actions. Cette contradiction a un nom, dénonce l'avocat: le conflit d'intérêt.

Loyauté en question

A ses yeux, «la dérive des bonus a atteint un tel niveau qu'elle entre en conflit avec un principe fondamental - défendu par le code des obligations - qui est la loyauté des dirigeants envers l'entreprise». Et de citer l'exemple d'UBS, qui est «dirigée par des managers rivés à leurs bonus de trimestre en trimestre. On voit aujourd'hui le résultat».

Paolo Bernasconi s'engage pour soutenir l'initiative Minder en travaillant à la création d'un «comité national hors partis», qui réunirait des personnalités de tous les milieux. Les comités cantonaux suivront. «Nous souhaitons aussi créer des 'comités Minder' dans les quartiers, les écoles, les usines, les banques».

Il reste peu de temps jusqu'au 3 mars, et la bataille s'annonce déséquilibrée, note l'ancien magistrat. Il estime qu'economiesuisse investira entre dix et vingt millions de francs pour contrer l'initiative. Si celle-ci est refusée, c'est le contre-projet indirect du Parlement qui entrerait en vigueur. Il va moins loin que l'initiative Minder. (ats)

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