Santé: Berne appelé à tester l'urine des Suisses
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SantéBerne appelé à tester l'urine des Suisses

Le Conseil fédéral doit s'inquiéter des effets nocifs du glyphosate. Des élus demandent des examens approfondis et la recherche de solutions.

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phi/dmz
Le glyphosate est utilisé par les privés et, en masse, dans l'agriculture.

Le glyphosate est utilisé par les privés et, en masse, dans l'agriculture.

En mars, l'Organisation mondiale de la santé classait le glyphosate, désherbant contenu notamment dans le Roundup de Monsanto et utilisé tant par les privés que les agriculteurs, comme substance potentiellement cancérigène. Alors que Berne se refuse à l'interdire, des supermarchés ont décidé en mai dernier de le retirer de leurs étals.

En Allemagne, des combattants acharnés se sont lancés dans une campagne inédite depuis cet automne. Des scientifiques ont analysé l'urine des habitants des grandes villes allemandes et le résultat est probant: dans 70% des échantillons analysés, des traces de glyphosate ont été détectées. Du coup, de nombreux Allemands ont décidé, de leur propre chef, de demander à un laboratoire indépendant de Leipzig de tester la leur. Prix de l'opération: environ 45 euros (près de 50 francs).

Certaines voix, comme l'association Poisons, non merci, réclament que le Ministère de l'agriculture, qui refuse aussi d'interdire la substance, prenne ces tests à ses frais. Des citoyens ont donc commencé à envoyer leurs échantillons à Berlin, qui pour le moment fait la sourde oreille.

«La Suisse doit le faire»

En Suisse aussi, on exige que les autorités prennent le dossier en main. Et la demande n'émane pas des militants anti-produits chimiques, mais de la Commission de la science (CSEC) du Conseil national. Dans un postulat déposé la semaine dernière, elle demande que des tests d'urine soient menés à grande échelle sur les humains et les animaux et que des solutions de rechange au glyphosate soient recherchées.

Matthias Aebischer (PS/BE), président de la CSEC, rappelle que «les études démontrent que les risques liés à cette substance sont grands. La sécurité du public doit être la priorité des décideurs», déclare-t-il.

Soutien politique bienvenu

De nombreuses organisations, comme la Fédération romande des consommateurs et ses pendants tessinois et alémanique, Greenpeace et les médecins en faveur de l'environnement ont lancé les hostilités. Dans une pétition adressée au gouvernement, ils demandent l'interdiction pure et simple du glyphosate. Philippe Schenkel, directeur des campagnes de politique agricole chez Greenpeace, se réjouit de ce postulat: «Quelque chose se passe enfin sur le plan politique, c'est réjouissant. Mais il faudrait aller plus loin et suspendre l'usage de cette substance jusqu'à ce que les effets sur la santé soient réellement connus.»

Selon lui, quelque 300 tonnes de glyphosate sont pulvérisées chaque année en Suisse. «Mais il existe d'autres solutions, comme l'élimination thermique des mauvaises herbes ou le désherbage mécanique», poursuit-il.

«Le Conseil fédéral en fait assez»

La conseillère nationale Elisabeth Schneider-Schneiter (PDC/BL) fait partie de la minorité des membres de la commission à avoir refusé le postulat. «Le Conseil fédéral a montré qu'il prenait le sujet au sérieux et qu'il a entrepris de démontrer les effets du glyphosate sur la santé», explique-t-elle. L'Office fédéral de l'agriculture a pris acte de la décision de l'OMS, mais attend les résultats d'études plus approfondies avant de prendre une décision. Mais pour le moment, il considère que «les résidus de glyphosate provenant de l'utilisation de ce produit comme produit phytosanitaire sont inoffensifs pour la population».

Le glyphosate ne serait pas cancérigène

L'autorité européenne de sécurité des aliments estime que le Roundup, un désherbant, ne provoque pas de cancer.

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