Stratégie énergétique: Berne aurait planifié cinq centrales à gaz
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Stratégie énergétiqueBerne aurait planifié cinq centrales à gaz

La campagne pour la stratégie énergétique bat son plein. Mais Doris Leuthard n'évoque plus la possiblité de centrales à gaz pour remplacer le nucléaire. Le DETEC s'explique.

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nxp/cht
La présidente de la Confédération Doris Leuthard est épinglée mercredi dans la presse alémanique.

La présidente de la Confédération Doris Leuthard est épinglée mercredi dans la presse alémanique.

Keystone

La Suisse va-t-elle devoir construire des centrales à gaz pour compenser l'abandon de l'énergie nucléaire prévue dans la stratégie énergétique 2050 soumise au peuple le 21 mai prochain? «J'en serais très étonnée», avait répondu Doris Leuthard fin mars. Et dans sa campagne, la ministre en charge du dossier de l'énergie affirme régulièrement l'inutilité et l'infaisabilité sur le plan politique de ces centrales, très polluantes en termes de CO2. Si elle les évoque, ce n'est plus que comme des «alternatives possibles». Mais il y a un hic, explique mercredi la Basler Zeitung (BaZ), qui ne fait pas mystère de son hostilité au projet. En effet, le journal rappelle que dans son message au Parlement, le Conseil fédéral avait clairement dit qu'il faudrait des centrales à gaz pour compenser l'arrêt du nucléaire. Pourtant la brochure explicative distribuée à la population pour la votation du 21 mai n'évoque plus cette possibilité. Et, explique le journal alémanique, un jour avant la conférence de presse de lancement de la campagne, la conseillère fédérale a fait supprimer toutes les mentions de centrales à gaz supplémentaires du dossier publié sur le site du Département de l'environnement, des transports, de l'énergie et de la communication. Le DETEC se contente désormais d'expliquer que les besoins en électricité pourront être couverts par les centrales actuelles ainsi que les importations. Une accusation voilée que réfute énergiquement le porte-parole du DETEC, Dominique Bugnon. «Pour chaque objet de votation, nous adaptons les informations à disposition du public pour tenir compte des décisions prises par le Parlement. Or, il se trouve que le projet de loi ne contient aucune disposition relative aux centrales à gaz», explique-t-il. Raison pour laquelle l'accent est mis dans les fiches d'information publiées sur le net sur les points sur lesquels les citoyens devront voter, selon lui.

Des projets en cours? Or, selon la Basler Zeitung, la construction de nouvelles grandes centrales figure bien dans les projets qui devraient être mis en place après la votation du 21 mai. C'est du moins ce qui figure dans un rapport de l'Office fédéral de l'environnement, un office qui fait partie du département de Doris Leuthard. Dans un texte paru il y a 2 ans, il est écrit qu'il faudrait d'ici à 2035 cinq, voire huit centrales à gaz supplémentaires, pour satisfaire les besoins en électricité du pays. Selon le quotidien, l'OFEV se base sur les mêmes données que celles des défenseurs de la stratégie énergétique. Et ses conclusions rejoindraient celles du monde scientifique. La BaZ cite en effet un expert de l'institut Paul-Scherrer qui estime que la Suisse aura besoin d'ici 2050 d'autant d'électricité produite par les centrales à gaz que celle produite aujourd'hui à partir du nucléaire. « Si l'on veut éviter de devoir un jour recourir aux centrales à gaz, alors il faut justement voter oui à la Stratégie énergétique, qui renforcera les renouvelables indigènes, estime le porte-parole du DETEC Dominique Bugnon. «J'ajoute que la Confédération ne planifie ni ne construit aucune centrale. L'initiative serait privée. Or, il se trouve que personne n'a intérêt à se lancer dans de tels projets, parce que cela n'est tout simplement pas rentable » Et d'expliquer que la loi obligerait en plus les exploitants à compenser entièrement les émissions de CO2, ce qui augmenterait encore la facture. Selon la Basler Zeitung, les BKW prévoiraient depuis longtemps une centrale à gaz à Utzenstorf (BE). Un projet stoppé en raison de l'opposition des autorités locales et de la politique climatique de la Suisse. Le journal rappelle aussi d'autres projets, notamment en Suisse romande, avec des plans prévus à Cornaux (NE), Vernier (GE) ou encore Chavalon (VS). Mais tous ces projets ont été retirés ou gelés, rétorque de son côté Dominique Bugnon. Pour le porte-parole du DETEC, l'article ne vise qu'à dénigrer la Stratégie énergétique avec des arguments qui ne tiennent pas la route. Car le projet de loi soumis au peuple permet, selon lui, de renforcer la sécurité de l'approvisionnement énergétique en Suisse, donc de limiter le risque de faire appel à de l'électricité produite par des centrales à gaz.

Un comité scientifique pour la Stratégie

Plus de 60 scientifiques se sont réunis en comité et s'engagent pour la Stratégie énergétique 2050. Ces experts, des chercheurs et ingénieurs notamment dans les domaines de l'économie, de l'énergie, de la géographie ou des sciences climatiques, estiment qu'elle représente la seule solution actuelle de lutter contre les changements climatiques.

«Une transition énergétique efficace permettra à long terme d'économiser des centaines de milliards de francs, de réduire notre impact sur l'environnement et de créer de nombreux postes. Les solutions techniques existent déjà et elles s'améliorent de plus chaque jour», selon le Prof. Dr Christophe Ballif, cité dans un communiqué envoyé mercredi.

«75% de notre énergie provient de sources étrangères et non renouvelables. La Stratégie est une étape importante pour nous libérer de cette dépendance. C'est une bonne chose pour l'environnement et pour l'économie», ajoute le Prof. Dr Rolf Wüstenhagen.

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