Votations du 13 février - Berne dit non à l’initiative contre l’expérimentation animale
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Votations du 13 févrierBerne dit non à l’initiative contre l’expérimentation animale

Le Conseil fédéral a lancé la campagne jeudi contre ce texte qui veut remplacer les pratiques actuelles par des méthodes alternatives plus éthiques. Mais cela entraînerait de graves inconvénients pour la Suisse, estime Berne.

par
Christine Talos

La question de la souffrance animale s’invite dans les votations du 13 février. En effet, les Suisses devront se prononcer sur l’initiative «Oui à l’interdiction de l’expérimentation animale et humaine». Un texte que rejette fermement le Conseil fédéral. C’est Alain Berset qui a dit tout le mal qu’il pensait de ce texte auquel le gouvernement n’a pas souhaité opposer de contre-projet. Selon Berne, le texte entraînerait de graves inconvénients pour la Suisse.

«Le Conseil fédéral refuse ce texte pour plusieurs raisons: la première, c’est que la législation suisse est déjà l’une des plus strictes du monde en la matière», a expliqué Alain Berset. Toute expérience sur des animaux n’est autorisée que si les connaissances ne peuvent être obtenues par un autre moyen. Les bénéfices pour la société doivent justifier la contrainte imposée aux animaux, a-t-il rappelé.

Quatre fois moins d’animaux qu’il y a quarante ans

Par ailleurs, les chercheurs sont tenus de limiter le nombre d’animaux utilisés au strict nécessaire et de réduire autant que possible les contraintes infligées à ceux-ci. Ce qui fait que le nombre d’animaux utilisés ces quarante dernières années a pu être divisé par quatre, a rappelé le Fribourgeois, qui a souligné que la législation n’autorisait aucune expérimentation pour produire des produits cosmétiques.

Enfin, la Confédération soutient déjà la recherche sans expérimentation animale, a rappelé le ministre de l’Intérieur. Ainsi, un projet doté de 20 millions de francs a été lancé cette année pour promouvoir des méthodes alternatives et réduire les contraintes infligées aux animaux. Avec l’initiative, la recherche suisse, à la pointe aujourd’hui, serait en danger et les chercheurs pourraient partir à l’étranger pour travailler.

De nombreux médicaments étrangers seraient interdits

Alain Berset a encore rappelé les dangers que représente l’initiative qui veut aussi interdire l’importation de produits développés à l’aide d’expériences sur des animaux. Cette interdiction toucherait, par exemple, les médicaments et certains principes actifs des médicaments. Corollaire: de nombreux médicaments développés à l’étranger ne pourraient plus être importés. Ceux qui sont déjà autorisés pourraient ne plus être importés non plus. À l’image des vaccins contre la grippe, adaptés chaque année aux mutations du virus. Il faudrait se rendre à l’étranger pour acheter ces médicaments à ses propres frais ou pour s’y faire traiter.

En conclusion, le ministre de la Santé a rappelé que les expériences sur les animaux étaient parfois nécessaires pour vérifier l’efficacité d’une substance sur un organisme vivant. «On leur doit d’immenses progrès pour la santé humaine ou animale avec le développement des antibiotiques ou des traitements contre le cancer», a-t-il insisté.

À noter que tant le National que le Conseil des États avaient également balayé presque à l’unanimité l’initiative trop extrême.

Vers des méthodes plus éthiques et moins coûteuses

Que demande l’initiative? Elle estime que l’expérimentation animale est un mauvais traitement infligé aux animaux et qu’elle doit donc être considérée comme un crime. Lancée en 2017 par des citoyens saint-gallois avec le soutien de quelque 80 organisations, elle propose de remplacer la pratique actuelle par des méthodes alternatives plus éthiques et moins coûteuses. Les initiants dénoncent en outre des méthodes «peu transparentes» qui causent des «souffrances inutiles aux animaux» et dont le succès n’est pas garanti.

L’expérimentation animale serait aussi interdite dans l’enseignement scientifique et la recherche fondamentale. L’expérimentation sur les humains serait elle aussi interdite. Enfin, l’initiative prévoit aussi d’interdire le commerce, l’importation et l’exportation de produits faisant directement ou indirectement l’objet d’expérimentation animale ou humaine.

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