Votations: Berne rejette l'idée d'un revenu de base pour tous
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VotationsBerne rejette l'idée d'un revenu de base pour tous

Les initiants proposent le versement de 2500 francs par mois aux adultes. Le Conseil fédéral souhaite « préserver» le système social actuel.

Un revenu de base nuirait aux efforts d'insertion pour Berne.

Un revenu de base nuirait aux efforts d'insertion pour Berne.

photo: Keystone/ARchives

Affaiblissement considérable de l'économie suisse, danger pour le système social: le Conseil fédéral rejette en bloc l'idée d'un revenu de base pour tous. Il appelle à glisser un «non» à cette initiative populaire dans les urnes le 5 juin prochain.

L'initiative populaire «Pour un revenu de base inconditionnel» vise à permettre à l'ensemble de la population de mener une existence digne et de participer à la vie publique. Le Conseil fédéral partage cet objectif. Mais le système social actuel, qui a fait ses preuves, doit être préservé, a affirmé Alain Berset vendredi à Berne devant les médias.

Revenu sans contrepartie dès la naissance

Le texte prévoit d'obliger la Confédération à instaurer un revenu de base versé sans contrepartie à tout le monde, dès la naissance. Les initiants proposent le versement d'un montant de 2500 francs par mois aux adultes, tandis que les enfants et les jeunes jusqu'à 18 ans toucheraient 625 francs par mois.

Avec un tel revenu, les personnes qui gagnent moins ou à peine plus n'auraient plus de raison de travailler, critique le gouvernement. C'est le cas des travailleurs à temps partiel, majoritairement des femmes.

Il s'ensuivrait une diminution de la main-d'oeuvre, notamment qualifiée. Avec pour conséquences un affaiblissement de l'économie suisse, des délocalisations et, sans doute, une augmentation du travail au noir, craint le Conseil fédéral.

208 milliards par an

Sans compter que les besoins de financement de ce revenu de base seraient considérables. Des économies ou des hausses d'impôts massives seraient inévitables, estime-t-il.

En s'appuyant sur les chiffres des initiants et les données de l'année 2012, la Confédération a calculé un coût total de 208 milliards de francs par an. Une grande partie pourrait être couverte par des prélèvements sur les revenus d'une activité lucrative et la réaffection des prestations de sécurité sociale. Mais il faudrait encore combler un trou de 25 milliards.

Et contrairement à ce qu'annoncent les initiants, l'introduction d'un revenu inconditionnel ne permettrait pas de remplacer intégralement ni de simplifier le système de sécurité sociale, poursuit le gouvernement. Car pour éviter à certains ménages de tomber dans la pauvreté, les prestations financières supérieures à 2500 francs ainsi que celles de conseil et de suivi devraient être maintenues.

Sentiment d'injustice

Autre défaut de l'initiative, aux yeux du Conseil fédéral: avec ce système, chacun recevrait la même prestation de l'Etat sans devoir fournir de contrepartie. Cela ferait naître un sentiment d'injustice chez de nombreuses personnes, et risquerait de compromettre la cohésion sociale.

Aujourd'hui, le système social soutient les personnes dans le besoin de manière ciblée. Il vise à les insérer sur le marché du travail. Un revenu de base nuirait aux efforts d'insertion, en réduisant les incitations financières à travailler.

Seul point positif pour le gouvernement, cette initiative a ouvert un débat sur la valeur du travail et sur les conséquences des progrès de la technologie et du numérique. Les initiants estiment qu'il n'y aura bientôt plus assez de travail pour tous et que l'Etat social n'arrive plus à remplir sa tâche. (nxp/ats)

Femmes protestantes

Le revenu de base inconditionnel n'apporte d'améliorations ni pour les femmes, ni pour les personnes de condition modeste. Les Femmes protestantes en Suisse (FPS) rejettent l'initiative soumise au peuple le 5 juin.

Le fait de payer à tout le monde le même montant «ne conduit pas automatiquement à l'égalité des chances», soulignent les FPS dans un communiqué vendredi. Les personnes qui ne peuvent pas vivre de ce montant devront continuer à faire face aux mêmes pressions qu'aujourd'hui et se soumettre aux contrôles des assurances sociales.

«Elles auront exactement le même manque de liberté quant au choix d'un travail qui ait un sens et qui leur corresponde», ajoutent-elles.

(NewsXpress)

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