Suisse: Berne se prépare à intervenir pour le français
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SuisseBerne se prépare à intervenir pour le français

Le Conseil fédéral veut harmoniser l'enseignement des langues au niveau fédéral.

photo: Keystone/ARCHIVES - PHOTO D'ILLUSTRATION

Le gouvernement se prépare à intervenir sur le dossier des langues enseignées à l'école. Il a mis mercredi en consultation jusqu'au 14 octobre trois pistes pour assurer l'enseignement d'une deuxième langue nationale dès le degré primaire partout en Suisse.

Le plurilinguisme fait partie intégrante du pays et de son identité, il faut renforcer l'enseignement des langues nationales afin de garantir la compréhension mutuelle et la cohésion nationale, a justifié le ministre de la culture Alain Berset devant la presse. «Le Conseil fédéral préférerait toutefois ne pas devoir intervenir», a-t-il répété plusieurs fois.

Le gouvernement a toujours soutenu les efforts d'harmonisation des cantons. Or avec la stratégie des langues 2004, les cantons ont approuvé une solution d'harmonisation qui a été reprise dans le concordat HarmoS.

Contraignante pour tous les cantons, elle prévoit que les élèves commencent à apprendre une première langue étrangère en 3e primaire au plus tard et une deuxième en cinquième. Au moins l'une des deux doit être une langue nationale. Aucun canton romand ne conteste ce modèle.

Problème outre-Sarine

Certains cantons alémaniques remettent toutefois en question les leçons de français au degré primaire. Invoquant des arguments pédagogiques comme la surcharge des élèves, l'inefficacité de l'enseignement précoce ou le manque de ressources, ils veulent se limiter à une seule langue étrangère, soit l'anglais au primaire.

Le gouvernement thurgovien a mis en avril en consultation son nouveau plan d'étude qui prévoit de supprimer le français dès l'été 2017. Des initiatives allant dans le même sens sont en suspens dans les cantons de Zurich, Lucerne, des Grisons et de Saint-Gall. A Glaris, le français n'est plus qu'une branche facultative pour une partie des élèves dès la 7e année.

Les cantons sont souverains, mais dans les limites de la constitution, a relevé M. Berset. Or le peuple a plébiscité en 2006 l'article constitutionnel en faveur d'un espace suisse de formation homogène. Chaque canton porte une responsabilité pour l'ensemble du pays et peut encore réaliser la stratégie nationale. L'intervention fédérale serait subsidiaire.

Guerre des langues

Les directeurs cantonaux de l'instruction publique craignent que cela se transforme en épreuve de force nationale et l'ont écrit fin juin au conseiller fédéral. Le gouvernement estime en avoir tenu compte en lançant une consultation et en proposant plusieurs variantes d'intervention éventuelle.

La première reprend une initiative parlementaire de la Commission de l'éducation du Conseil national. Elle se limite à l'école primaire et prévoit que l'enseignement de la deuxième langue nationale débute au plus tard en 5e primaire (soit la 7e année HarmoS).

La deuxième variante inscrit la solution du concordat dans la loi. L'enseignement de la première langue étrangère devrait commencer au plus tard en 3e année (5e HarmoS) et celui de la deuxième langue étrangère au plus tard en 5e année (7e HarmoS). L'une de ces deux langues devrait être une deuxième langue nationale et l'autre l'anglais.

Dans la mesure où ils prévoient, en plus, l'enseignement obligatoire d'une troisième langue nationale, les cantons des Grisons et du Tessin pourraient déroger aux années de scolarité fixées pour l'introduction des deux langues étrangères.

Variante préférée

Le Conseil fédéral préfère toutefois la troisième variante. Visant à garantir la place de la deuxième langue nationale, ce modèle prévoit simplement que l'enseignement de la deuxième langue nationale doit débuter au primaire et durer jusqu'à la fin de l'école obligatoire. «Cela laisserait la plus grande marge de manoeuvre aux cantons», a expliqué M. Berset.

Selon lui, la discussion devra de toute façon être menée. Il vaut mieux qu'elle soit tranchée par la politique que par les tribunaux. Il analysera les résultats de la consultation avec les directeurs cantonaux de l'instruction publique avant de trancher sur son intervention éventuelle. (nxp/ats)

Les cantons contre une intervention de la Confédération

Pour la Conférence des directeurs cantonaux de l'instruction publique (CDIP), la question de l'enseignement des langues doit être traitée à la lumière du processus général d'harmonisation de la scolarité obligatoire. Une intervention de la Confédération ne répond pas au principe de proportionnalité, selon elle.

Dans une lettre datée du 23 juin, la CDIP avait souligné que les cantons ont la volonté et la capacité de réglementer l'enseignement des langues de manière harmonisée. Mercredi, elle s'est dite convaincue que les harmonisations du système éducatif doivent s'opérer par la voie de la coordination intercantonale, voie qui exige patience et respect mutuel.

Pour son président, le conseiller d'Etat de Bâle-Ville Christoph Eymann, une intervention de la Confédération dans le dossier des langues présente des risques considérables. Une votation populaire pourrait se transformer en épreuve de vérité à l'échelle nationale.

(NewsXpress)

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