Suisse: Berne veut rendre le retour au Kosovo plus attractif
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SuisseBerne veut rendre le retour au Kosovo plus attractif

Le Secrétariat d'Etat aux migrations finance des films illustrant des succès de Kosovars rentrés vivre dans leur pays. Le projet ne plaît pas à tout le monde.

par
ofu/ats
Keystone/Petrit Prenaj

Près de 200'000 ressortissants kosovars vivent actuellement en Suisse. Venus dans les années 90 pour fuir la guerre, ils font désormais partie intégrante de la population helvétique. Nombreux sont d'ailleurs ceux qui ont obtenu, au fil des ans, le passeport à croix blanche.

Selon «SonntagsBlick», la Confédération cherche désormais à les motiver à rentrer chez eux. Le dominical révèle en effet que le Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM) finance un projet de films de la plate-forme albano-suisse, albinfo.ch, visant à rendre le retour de Kosovars de Suisse au Kosovo plus attractif.

«Faire apparaître les aspects positifs»

Berne a contribué à hauteur de 158'000 francs à la production de huit documentaires illustrant des succès de Kosovars rentrés dans leur pays. Ils seront diffusés sur une chaîne de la télévision publique kosovare. «Les films doivent faire apparaître les aspects positifs d'un retour à la maison», a expliqué le SEM au journal.

«SonntagsBlick» critique cependant que les clips n'abordent pas la réalité du Kosovo, c'est-à-dire une corruption qui paralyse le pays, et le chômage massif qui touche un tiers de la population. Le SEM, lui, se défend et assure que le but principal du projet n'est pas d'inciter les Kosovars à quitter la Suisse, mais de montrer le potentiel du pays balkanique tout en rappelant qu'un avenir là-bas est possible. Cela permet aussi d'«endiguer la migration irrégulière».

Un intérêt «discutable»

Muriel Trummer d'Amnesty International se dit sceptique. Les personnes ne possédant pas le passeport suisse et retournant vivre dans leur pays d'origine risquent de perdre leur droit d'établissement si elles ne parviennent pas à se construire une nouvelle vie au Kosovo. Tout retour en Suisse serait alors impossible. Peter Meier de l'organisation suisse d'aide aux réfugiés va encore plus loin. L'intérêt de tels projets est très discutable. «Rien ne prouve qu'ils ont une influence sur la migration». Selon lui, il serait plus utile d'investir cet argent dans des projets permettant d'améliorer à long terme les conditions sur place.

Série télé pour dissuader les départs vers la Suisse

L'an dernier, on apprenait que la Confédération a financé un feuilleton à succès, qui raconte les désillusions d'un jeune exilé, de Lagos à Berne. Treize épisodes de 45 minutes de «The Missing Steps» ont été vus par des millions de spectateurs au Nigeria, à la fin de 2017. Le but de cette série, tournée dans la pure tradition de Nollywood (la très populaire industrie du cinéma nigérian): dissuader les candidats à l'émigration. Berne a investi 450'000francs pour le tournage, qui s'est déroulé au Nigéria et en Suisse. «Cette série est destinée à fournir des infos objectives sur la migration», avait expliqué à l'époque Lukas Rieder, porte-­parole du Secrétariat d'Etat aux migrations.

L'Organisation internationale des migrations avait approuvé la démarche suisse, une des stratégies de la lutte contre l'immigration clandestine. Beaucoup de Nigérians savent ce qui les attend s'ils entreprennent le périple, estime le responsable adjoint de l'OIM à Lagos, Frantz Celestin, «mais le plus grand moteur de l'émigration, c'est l'ambition, et elle est souvent plus forte que la peur».

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