Actualisé 15.03.2009 à 08:03

En pleine criseBeverly Hills gage ses oeuvres d'art

Un Kandinsky, un Warhol, des montres de luxe et même un Golden Globe: signe que la crise du crédit n'épargne personne, un bric-à-brac d'objets de luxe s'entasse chez les prêteurs sur gage de l'opulente Beverly Hills.

«Ces huit derniers mois, les affaires ont fonctionné comme jamais», explique à l'AFP Yossi Dina, propriétaire de la société «The Dina Collection» installée à proximité de la prestigieuse Rodeo Drive. M. Dina s'est autoproclamé le «prêteur sur gage des stars» et exhibe avec fierté des photos où on le voit à côté de vedettes.Dans ce secteur d'activité depuis 29 ans, cet ancien commando israélien explique que ses clients ne sont pas sans le sou, mais que le resserrement du crédit les affecte autant que les autres Américains: «ils ont besoin de liquide à court terme, mais les banques ne le leur donnent pas (...) alors ils viennent prendre un prêt chez moi».Résolument orienté haut de gamme, M. Dina prête couramment entre 100.000 et un million de dollars. A ce niveau de prix, il accepte en dépôt des montres de grand prix comme les Patek Philippe, des oeuvres d'art («je viens de récupérer un Kandinsky, un Warhol»), des voitures Rolls-Royce et même des trophées hollywoodiens.Le prêteur confie s'être vu proposer des Oscars, mais il ne peut pas les gager pour des raisons juridiques: l'Académie des Oscars possède un droit de préemption sur les statuettes, qui ne sont donc pas monnayables. En revanche, il a accepté un Golden Globe, dont il ne donnera pas le nom du récipiendaire.Le commerce de M. Dina est tellement florissant qu'il va s'agrandir: «le mois prochain, j'aurai deux magasins», dit-il.Aux Etats-Unis, le «clou» n'est pas un monopole d'Etat comme en France et nombreux sont les Américains qui gagent des objets pour joindre les deux bouts. La loi californienne stipule que la durée du prêt initial, contre intérêt mensuel d'environ 4%, est de quatre mois et dix jours. Si le client fait défaut, l'objet est vendu au public.Comme le dit, tout en nuances, l'Association nationale américaine des prêteurs sur gage (NPA), «dans la société contrastée d'aujourd'hui, nombreux sont les gens dépendant des prêteurs sur gage pour leurs besoins financiers quotidiens qui ne peuvent pas être satisfaits par les autres institutions financières».Un des concurrents de M. Dina à Beverly Hills, Peter B. (il refuse de donner son nom de famille) confie avoir remarqué un changement dans sa clientèle ces derniers mois: «je vois des médecins, des avocats, des artistes avec des Rolex et des bijoux, parce qu'ils doivent payer leurs factures, ils ont besoin d'argent et n'ont plus de cartes de crédit».Dans son magasin «The Collateral Lender», outre des bijoux et montres serties de diamants, il a notamment en dépôt un piano à queue de concert, évalué à 400.000 dollars, à côté duquel sont garées deux grosses motos Harley-Davidson.La prospérité des prêteurs sur gages contraste avec la situation d'autres commerces de Beverly Hills, qui subissent de plein fouet la crise économique.«Il n'y a pas d'activité», soupire David Delijani, qui tient un magasin d'art dans le «triangle d'or» de la ville des stars.Mais parfois survient un miracle.«Hier, j'ai fait ma première vente du mois. Michael Jackson est arrivé avec deux gardes du corps. Il a acheté une statue pour 4.400 dollars», un peu plus que le loyer du magasin, confie le marchand. «Mais ce genre de choses est très inhabituel. Ca n'arrive jamais».pb/tq/cha/mpd (afp)

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