Football - Angleterre: Bielsa fait du Bielsa et ça marche

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Football - AngleterreBielsa fait du Bielsa et ça marche

Le légendaire coach a découvert un huitième pays depuis ses débuts d'entraîneur. «Son» Leeds est jusqu'ici spectaculaire et gagne ses matches.

par
rca
Pour beaucoup, Marcelo Bielsa est un Maître du jeu de ballon.

Pour beaucoup, Marcelo Bielsa est un Maître du jeu de ballon.

Keystone/Sebastien Nogier

Ceux qui aiment le football ont forcément, tous les week-ends, un œil qui traîne sur les résultats du Championship, la deuxième division anglaise. Car Marcelo Bielsa, l'homme qui a inspiré toute une génération de techniciens, à commencer par un certain Pep Guardiola, a pris les commandes du club de Leeds et le moins que l'on puisse dire, c'est que ça déménage.

«El Loco» n'est pas du genre à s'inspirer des modes qui vont et qui viennent, dans le jeu de ballon. Bien loin du pragmatisme qui a permis à Zinédine Zidane de gagner une troisième Champions League aux commandes du Real Madrid, aux antipodes du jeu de transition ultrarapide prôné par Didier Deschamps et qui a emmené l'équipe de France sur le toit du monde, l'Argentin reste fidèle à ses principes de jeu à outrance et c'est beau.

Comme à ses débuts marseillais ou à Bilbao, notamment, l'ancien sélectionneur de l'Argentine et du Chili réussit un démarrage prometteur à la tête du club trois fois champion d'Angleterre (1969, 1974 et 1992). Redoublements de passes, marquage individuel et pressing de tous les instants… Rien n'a changé dans sa doctrine, qui a toujours enchanté les fans du monde entier et demandé des efforts intenses à des joueurs pas toujours aptes à subir de telles charges de travail.

Si Bielsa est adulé par toute une génération de suiveurs du jeu de ballon, il peut aussi faire peur aux dirigeants des clubs susceptibles de l'engager. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard s'il se retrouve dans l'antichambre de l'élite anglaise, lui qui a une aura incroyable dans son sport. Il a notamment quitté l'OM en bisbilles avec ses patrons après une journée de championnat en 2015 et claqué la porte de la Lazio avant même d'être entré en fonction.

L'Argentin de 63 ans n'était même pas en tête de liste des souhaits d'Andrea Radrizzani, le propriétaire italien d'un Leeds United Football Club à la poursuite de son lustre d'antan. «Je ne cache pas avoir tenté ma chance auprès d'Antonio Conte, j'ai un faible pour lui, a lâché Radrizzani dans une interview donnée à la 'Gazzetta dello Sport'. Pour le convaincre, j'aurais offert 20 millions d'euros. C'est une somme, mais avec lui, la montée en Premier League aurait été assurée.» Bielsa n'était même pas son deuxième choix, qui était Claudio Ranieri, l'ancien entraîneur champion d'Angleterre avec Leicester et récemment passé par Nantes.

Mais un beau jour, son directeur sportif espagnol, Victor Orta, lui a soufflé le nom du natif de Rosario et l'idée a germé très rapidement. Ensuite, la personnalité de Bielsa a fait le reste. «Je lui ai téléphoné, pas de réponse. Le lendemain, Orta m'a expliqué avoir discuté avec lui et qu'entre-temps, il avait déjà regardé sept de nos matches en un jour!, a rigolé l'homme fort des 'Peacocks'. J'ai pris l'avion pour Buenos Aires pour faire connaissance avec lui et on a parlé pendant 10 heures. En m'attendant, il avait vu dix nouvelles rencontres et connaissait déjà les noms et les caractéristiques de chacun des joueurs, y compris ceux de l'équipe réserve. Il est unique.»

Unique au point de toujours arriver à imposer ses conditions dès qu'une formation s'intéresse à lui. Dans le Nord de l'Angleterre, le champion olympique de 2004 avec l'Argentine n'a signé que pour un an (pour un salaire de trois millions d'euros et avec option pour une saison supplémentaire) et a débarqué, comme d'habitude, avec un staff pléthorique. «L'effort financier est important, mais nous n'avons aucun doute sur l'investissement qui a été fait», s'est félicité son président. Car pour l'instant, tout se passe pour le mieux dans le monde de Bielsa.

En Championship, Leeds occupe la deuxième place du classement, avec trois victoires en autant de rencontres (3-1 contre le relégué Stoke City, 1-4 à Derby County et 2-0 contre Rotherham). Le leader Middlesbrough n'est qu'à une longueur et a disputé un match de plus. Les «Whites» ont aussi passé avec succès le premier tour de la «Cup», mardi dernier contre Bolton (2-1). Jusqu'ici, tout va bien, donc. Mais attention, car avec Bielsa, l'important n'est pas l'envol, mais bien souvent l'atterrissage…

Son style de jeu demande tellement d'efforts que ses ouailles connaissent régulièrement des problèmes pour terminer leurs saisons. Avec l'Athletic Bilbao (défaites en finales de Coupe du Roi et de l'Europa League en 2012) et l'OM (champion d'automne, avant de terminer au pied du podium en 2015), notamment, sa troupe s'était essoufflée à force de football total. La D2 anglaise est formée de 24 équipes et il y a deux Coupes à disputer. Bielsa saura-t-il, cette fois, s'adapter?

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