Actualisé 07.07.2016 à 15:05

Lignes électriques pour camionsBientôt des autoroutes électriques en Suisse?

Des camions qui «ronronnent» comme des trolleybus: les Verts rêvent de lignes électriques au-dessus des autoroutes. La Confédération montre elle aussi de l'intérêt.

de
Jacqueline Büchi
En Suède, certains camions roulent désormais comme des trolleybus le long de lignes électriques.

En Suède, certains camions roulent désormais comme des trolleybus le long de lignes électriques.

photo: Kein Anbieter/Scania CV AB, Tobias Ohls

Le 22 juin, la Suède a ouvert la première autoroute électrique publique du monde. Sous le regard fier de la ministre des Infrastructures et du ministre de l'Énergie de ce pays, un camion a pour la première fois roulé au nord de Stockholm en «ronronnant» le long des lignes électriques – comme un trolleybus au cœur d'une ville.

La technologie est la même: les camions transformés et réaménagés spécialement s'alimentent aux caténaires électriques. Au cours des deux prochaines années, la Suède se propose de mener un test sur un tronçon de deux kilomètres pour voir si le système de l'entreprise Siemens se prête à une utilisation plus large. Derrière cette expérience se cache un objectif ambitieux: le pays veut s'affranchir des combustibles fossiles dans le domaine des transports d'ici à 14 ans.

Des projets similaires sont aussi prévus en Californie et en Allemagne. Le Ministère allemand de l'environnement fait ainsi la promotion du «Brummi am Draht» (camion connecté au câble) dans le cadre du projet Enuba.

Tests exigés dans les agglomérations suisses

Si les vœux des Verts sont exaucés, la Suisse devra maintenant elle aussi construire un tronçon de test sur le modèle suédois. De préférence dans les zones urbaines fortement touchées par la pollution atmosphérique, là où la population souffre de ce fléau», déclare la présidente du parti écologiste, Regula Rytz. Elle a adressé une interpellation à ce sujet au Conseil fédéral. Cette conseillère nationale imagine des aménagements notamment dans les agglomérations de Zurich, de Berne ou de Bâle.

L'objectif premier consisterait à transférer le trafic marchandises de transit sur le rail, souligne Regula Rytz. «Mais la mobilité électrique sur la route est une option intéressante pour la distribution fine des marchandises.» Toutes les possibilités techniques devraient être exploitées «si l'on entend éviter un changement climatique préjudiciable».

Siemens donne sa parole que le système permet de diviser par deux la consommation d'énergie et de réduire la pollution atmosphérique. Les camions-tests suédois sont équipés de pantographes qui, à l'aide de senseurs, établissent ou rompent automatiquement le contact avec les caténaires. Grâce à un système hybride – les camions ont un moteur électrique et un moteur diesel –, les véhicules peuvent dépasser normalement et, en cas de besoin, se déplacer sur les routes sans ligne électrique.

La Confédération: «examiner la question avec bienveillance»

La Confédération montre elle aussi de l'intérêt pour cette technologie. L'Office fédéral des routes (OFROU) cherche intensivement des moyens d'accroître l'efficacité énergétique du trafic routier et de réduire ainsi les émissions de CO2, assure son porte-parole, Thomas Rohrbach. Elle va donc «suivre avec intérêt» l'essai mené en Suède. Pour le transport routier de marchandises, notamment, un système électrique peut offrir certains avantages: «Un camion hybride de ce type n'a pas besoin d'avoir à son bord des batteries lourdes qui restreignent la charge utile.» Si des citoyens parviennent à convaincre la classe politique de l'opportunité ou de la nécessité d'effectuer des tests de ce genre, nous «examinerons la question avec bienveillance».

Au contraire, l'Association suisse des transports routiers se montre «très sceptique». Son vice-directeur, André Kirchhofer, fait une différence entre les deux pays: «Pour les longues routes rectilignes de la Suède, cela peut bien sûr avoir un sens. En Suisse, l'idée d'avoir des autoroutes électriques est en revanche utopique pour des raisons géographiques.» Pour la distribution fine, qui constitue le «point fort» du transport routier, il faudrait construire des caténaires coûteuses «jusque dans la plus petite commune de montagne». Aujourd'hui, l'argent ne suffit même pas à financer l'élimination normale des goulets d'étranglement, précise André Kirchhofer.

Des études estiment que 1 kilomètre d'autoroute électrique coûte entre 1,1 et 2,5 millions d'euros. Comme le fait remarquer le Gouvernement fédéral allemand, un tel projet soulève aussi des questions liées à la sécurité. Par exemple, on devrait clarifier ce qui se passerait si un câble venait à céder – la tension atteint de toute façon 600 volts.

L'Energy Challenge 2016 est une campagne nationale lancée par Suisse énergie et l'Office fédéral de l'énergie. Elle traite des sujets liés à l'efficience énergétique et aux énergies renouvelables. En tant que partenaire média, «20 minutes» se penchera sur la thématique durant six mois avec des graphiques, des reportages et des interviews.

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