Actualisé 10.05.2008 à 04:21

Birmanie: l'assistance freinée par la junte

Sous la pression internationale, la junte au pouvoir en Birmanie a accepté vendredi la venue d'un unique avion-cargo américain.

Deux avions de l'ONU devaient arriver samedi pour apporter de l'aide aux victimes du cyclone Nargis, qui a fait au moins 60.000 morts et disparus et plus d'un million de sans-abri. L'arrivée de trois jours de fortes pluies prévue en fin de semaine prochaine risque encore d'aggraver la situation.

Alors que les Nations unies lançaient un appel d'urgence pour réunir 187 millions de dollars (121 millions d'euros) afin de venir en aide aux rescapés du cyclone pendant les trois prochains mois, l'ambassadeur de la Birmanie auprès de l'ONU, Kyaw Tint Swe, a assuré que la «Birmanie compte coopérer avec la communauté internationale pour faire à face à ce grand défi». L'ambassadeur birman a toutefois stipulé que l'aide doit être apporté de «façon ordonnée et systématique».

La Maison Blanche a annoncé de son côté que les généraux avaient finalement autorisé la venue d'un avion-cargo américain, un C-130 militaire, attendu lundi en Birmanie.

Le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon a précisé de son côté depuis Atlanta que l'ONU enverrait samedi deux avions chargés d'aide humanitaire en Birmanie. Ban Ki-moon a expliqué que le personnel de l'ONU discutait avec la junte pour sortir de l'impasse même si de «façon regrettable», les généraux ne sont pas entrés en contact directement avec lui. «Cela avance dans la bonne direction», a-t-il jugé, appelant «avec force» les dirigeants birmans «à faire tout ce qu'il peuvent pour faciliter cette aide».

Auparavant, le Programme alimentaire mondial (PAM) avait brièvement suspendu son aide après la confiscation de ses deux chargements parvenus jusque-là, dont 38 tonnes de biscuits hautement énergétiques, selon le porte-parole du PAM à Bangkok, Paul Risley. Le porte-parole du gouvernement, Ye Htut, a assuré que les autorités avaient voulu distribuer l'aide «sans retard».

Les Nations unies estiment qu'un million et demi d'habitants ont été «gravement affectés» par le cyclone Nargis du 3 mai, qui a fait selon les autorités birmanes au moins 23.335 morts et 37.019 disparus. La faim et les épidémies menacent, et certaines zones sinistrées sont très difficiles d'accès.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a fait état de cas de diarrhée et de dysenterie, mais le régime militaire a campé sur son isolationnisme, à la veille d'un référendum constitutionnel contesté par l'opposition. Il a soutenu jusqu'ici que le meilleur moyen de l'aider consiste à lui dépêcher du matériel, pas des hommes, et a renvoyé à l'expéditeur un avion-cargo dans lequel l'aide était accompagnée sans autorisation préalable par une équipe de secours et des médias.

La Croix-Rouge internationale estimait vendredi que les personnels humanitaires ont pu avoir accès à 220.000 victimes de Nargis en Birmanie, sur les quelque 1,9 million de personnes affectées par le cyclone.

Le personnel birman et étranger des organisations humanitaires sur place avant le cyclone assiste déjà les sinistrés mais depuis samedi les nouvelles demandes de visa restent sans résultat. Le PAM dit en avoir déposé dix.

Des villages entiers du delta de l'Irrawaddy, la région la plus durement frappée par Nargis, se trouvent sous les eaux. «Beaucoup (de cadavres humains et animaux) ne sont pas enterrés et traînent dans l'eau. Ils ont commencé à pourrir. La puanteur dépasse tous les mots», constate Anders Ladegaard, secrétaire général de la Croix-Rouge danoise, arrivé à Rangoon vendredi.

Vingt mille sacs seront distribués à des volontaires pour ramasser les dépouilles mortelles. Ce responsable a aussi témoigné des difficultés pour «acheminer l'aide dans le pays, puis dans le delta». «Il n'y a presque pas de bateaux ou d'hélicoptères, c'est vraiment une opération cauchemardesque à organiser.»

Des milliers d'enfants pourraient être devenus orphelins, des milliers de victimes se serrent dans les monastères bouddhistes, et Action contre la faim s'inquiète pour les rizières. «La région du delta est connue comme étant le grenier du pays, et le cyclone a frappé avant la récolte. Si la récolte a été détruite», prévient l'organisation, «cela aura un impact dévastateur sur la sécurité alimentaire de la Birmanie».

A Rangoon, la plus grande ville du pays, le prix de l'eau a été multiplié par 500, et ceux du riz et l'huile ont grimpé de 60% en trois jours, rapporte ACF. Le référendum sur la nouvelle Constitution, qui devrait renforcer les pouvoirs des militaires, a été reporté au 24 mai dans la capitale économique et dans les zones les plus sinistrées du pays, mais sur le reste du territoire, la dictature maintient le scrutin malgré les appels lancés notamment par l'ONU.

Pendant ce temps, l'aide internationale continue de s'accumuler de l'autre côté de la frontière, en Thaïlande, où de nombreux humanitaires attendent le feu vert de la Birmanie. Des navires, des avions sont prêts à intervenir dans toute la région, mais seule une aide limitée arrive à passer.

«Croyez-moi, le gouvernement n'autorisera jamais des étrangers à pénétrer dans la zone dévastée», estimait vendredi Joseph Kyaw, commerçant à Rangoon. «Le gouvernement ne se soucie que de son maintien. Il se moque de la situation désastreuse du peuple.» (ap)

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