Burkina Faso: Blaise Compaoré annonce qu'il quitte le pouvoir
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Burkina FasoBlaise Compaoré annonce qu'il quitte le pouvoir

Sous pression, le président burkinabé a fait savoir vendredi qu'il abandonnait la présidence, après 27 ans passés à la tête du pays. L'armée a pris le relais.

Les événements se sont précipités au Burkina Faso. Confronté à la colère de son peuple, le président Blaise Compaoré a démissionné vendredi après 27 ans de règne. Conformément à la constitution, le chef de l'armée a pris le pouvoir, mais la situation restait encore confuse en soirée.

Blaise Compaoré a cédé. Jeudi soir encore il refusait de démissionner malgré de violentes manifestations dans plusieurs villes de ce petit pays pauvre du Sahel. Vendredi, dans un communiqué lu à la radio et à la télévision, il a sobrement annoncé que la présidence du pays était désormais vacante.

Cette annonce a déclenché des scènes de liesse parmi la foule immense rassemblée dans les rues de Ouagadougou. Les manifestants y étaient encore plus nombreux que les jours précédents.

«Nous avons accompli notre mission: le grand baobab est tombé, terrassé par la population», exultait Jacques Zongo, fonctionnaire de 33 ans, coiffé d'un chapeau aux couleurs du Burkina.

L'ambiance s'est toutefois quelque peu refroidie lorsqu'il est apparu que le chef de l'armée, le général Honoré Traoré, avait pris les rênes du pays.

Constitution respectée

Selon la Constitution, l'intérim à la tête de l'Etat doit être assuré par le président de l'Assemblée nationale en cas de démission du président. Or l'Assemblée a été dissoute dès jeudi soir par le général Traoré dans le cadre de l'état de siège brièvement décrété par Blaise Compaoré.

Alors que ce dernier a promis vendredi des élections «libres et transparentes» dans un délai de 90 jours, M. Traoré est resté flou sur le calendrier de la transition. Il s'est contenté d'évoquer un retour à l'ordre constitutionnel le plus rapidement possible.

«Fermeture des frontières»

Vendredi soir, la situation restait incertaine. des officiers ont annoncé la mise en place d'un nouvel organe de transition». Ils ont aussi demandé le soutien de la communauté internationale.

Le groupe dit avoir «décidé de suspendre la Constitution», signale leur communiqué signé du lieutenant-colonel Isaac Yacouba Zida, no2 de la garde présidentielle. Un autre communiqué, également signé par le lieutenant-colonel Zida, fait état de «la fermeture des frontières aériennes et terrestres» du pays.

Des pillages

Avec les violences de ces derniers jours, des bandes de pillards sévissent à Ouagadougou. «Nous ne sommes pas des voleurs. Nous ne faisons que récupérer ce que le clan Compaoré nous a volé», s'est justifié l'un d'eux.

Un couvre-feu a toutefois été instauré par l'armée pour «protéger les biens et les personnes», selon l'armée. Il est très diversement mis en pratique par les forces de l'ordre.

Chute sans gloire

En 27 ans de règne, Blaise Compaoré s'est imposé comme un incontournable médiateur dans les crises africaines. Mais il n'a pas su gérer la contestation dans son propre pays.

Son projet de se maintenir au pouvoir au-delà de 2015 a provoqué une explosion de colère. La rue l'a contraint à la démission en quelques jours, des centaines de milliers de Burkinabés refusant un «président à vie».

Ironie du sort, l'ancien putschiste Blaise Compaoré se voit à son tour remplacé par un militaire. Peu après l'annonce de sa démission, des témoins ont vu un convoi lourdement armé se diriger dans le sud du pays, près de la frontière avec le Ghana.

Ballet diplomatique

Le président français François Hollande a salué la démission du président burkinabé. Il a demandé la tenue rapide d'élections démocratiques.

Une délégation des Nations unies, de l'Union africaine et de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) devait se rendre au Burkina Faso. Elle doit y mener des entretiens avec les différents protagonistes de la crise.

Vendredi soir, Washington a appelé à une transition dans le respect de la constitution. Et l'Union européenne a souhaité l'organisation d'élections «démocratiques, inclusives et transparentes».

Un avertissement

La chute de M. Compaoré est aussi un énorme coup de semonce pour les présidents africains qui seraient tentés, comme lui, de retoucher la Constitution pour rester indéfiniment dans leur palais. (20 minutes/ats/afp)

Pillages en cours à Ouagadougou

Le quartier des ministères de la capitale était le théâtre de pillages, vendredi. De nombreux hommes, poussant des charrettes à bras, étaient visibles avenue de l'Indépendance, l'un des principaux axes de la ville, que bordent l'Assemblée nationale, incendiée jeudi, et de nombreux ministères ou directions administratives, a constaté l'AFP.

Fenêtres arrachées aux bâtiments, portes, tables, chaises, climatiseurs... tout a été méthodiquement raflé et circule à présent dans les rues. «Nous ne sommes pas des voleurs. Nous ne faisons que récupérer ce que le clan Compaoré nous a volé», s'est justifié un pillard.

Les forces de l'ordre interviennent rarement. «Il y a des pillages depuis (vendredi) matin, a confirmé un gendarme pour l'instant. On fait des patrouilles pour vérifier. Parfois, nous demandons aux gens de tout laisser, et ils le font.» Selon lui, aucune instruction n'a pour l'instant été communiquée aux gendarmes pour stopper ces vols à grande envergure.

Un couvre-feu a toutefois été instauré par l'armée pour «protéger les biens et les personnes», selon l'armée, mais il est très diversement mis en pratique par les forces de l'ordre.

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