Athlétisme - Blake Leeper encore une fois débouté
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AthlétismeBlake Leeper encore une fois débouté

Né sans jambes en dessous du genou, l’Américain se bat pour évoluer dans les compétitions internationales. World Athletics a rejeté sa demande.

par
Thibaud Oberli
Blake Leeper sur une piste à Des Moines en 2019.

Blake Leeper sur une piste à Des Moines en 2019.

USA TODAY Sports

La sanction est tombée cette semaine, Blake Leeper et ses avocats doivent encore s’armer de patience. L’athlète américain, qui s’était classé 5e du 400 m aux championnats d’athlétisme de son pays en 2019, se bat pour accéder aux compétitions réservées aux athlètes valides. Après cette réussite sur le circuit national, ses résultats lui permettaient de participer aux championnats du monde. Jusqu’à ce que ses prothèses soient pointées du doigt, car jugées «anormalement hautes».

Avant cet épisode, il avait travaillé pendant 5 ans avec ses prothèses. Pour répondre aux exigences, il a alors proposé de concourir avec un modèle réduit de 5 centimètres. C’est précisément sur ces lames en carbone que la fédération internationale a tranché.

«Les rapports soumis ont convaincu le jury qu’il existe une relation directe entre la longueur des jambes et la vitesse de course et que, par conséquent, la hauteur des prothèses de M. Leeper fait qu’il court plus vite dans l’épreuve du 400 m qu’il ne le ferait autrement», a déclaré l’instance dans le communiqué annonçant sa décision. Le dernier recours pour l’athlète est maintenant de saisir le Tribunal arbitral du sport (TAS), qui avait déjà rejeté un appel déposé à ce sujet en octobre 2020.

Des arguments racistes?

Dans leur plaidoirie, les avocats du coureur ont tenté de prouver que la longueur des prothèses n’était pas trop grande et n’avait pas d’impact sur la taille de l’athlète. En face, l’instance a appliqué sa procédure habituelle, nommée «MASH». C’est justement ce que pointent du doigt les défenseurs de Blake Leeper.

Selon eux, les normes appliquées sont obsolètes et discriminatoires. Ils pointent du doigt le fait que les études qui ont servi de base n’incluaient que des athlètes caucasiens et asiatiques. Ces défenseurs ont alors brandi des études soulignant des différences, au niveau de la longueur des jambes, en fonction de la lignée.

«Prendre cette décision sur la base de normes et d’études qui excluent complètement les athlètes noirs va à l’encontre du bon sens et n’a aucun fondement scientifique, comme mes experts l’ont précisé dans les déclarations de World Athletics, a déclaré Blake Leeper après l’annonce de la décision. Mais, malgré ce revers, je lancerai un appel pour continuer à me battre pour les athlètes du monde entier qui font l’objet de discriminations - qu’il s’agisse de race, de handicap ou des deux.»

Une balance impossible

Blake Leeper n’est pas le seul athlète à être confronté à de tels règlements. Oscar Pistorius avait vécu un cas très proche, mais avait tout de même pu participer aux Jeux olympiques de Londres en 2012 après de longues batailles. L’athlète sud-africaine Caster Semenya est aussi sous le coup d’une décision de la Fédération, qui a estimé qu’elle était «biologiquement un homme» alors qu’elle est en réalité une personne intersexe.

L’un des avocats engagés dans l’affaire a aussi travaillé pour ces deux athlètes. Il déclarait récemment à propos de World Athletics: «Ils ont une vision des gens sans différences. (…) Nous sommes les gens. Aucun de nous n’est parfait. Nous sommes tous sur un même spectre.»

Reste que les experts soulèvent qu’il est impossible de déterminer si la hauteur à laquelle le sportif se sent le plus à l’aise est effectivement la taille qu’il aurait eue avec des jambes fonctionnelles. Les techniques pour définir la qualification de ces athlètes ont d’ailleurs régulièrement changé à travers le temps (longueur du bras, du cubitus, hauteur en position assise). D’autant plus que ces aspects peuvent être modifiés par des maladies. Une question qui restera encore longtemps sans réponse, puisqu’aucune méthode ne semble pouvoir s’appliquer à l’ensemble des humains.

Blake Leeper et ses avocats vont tout de même essayer de lui permettre de réaliser son rêve et de faire qu’il puisse participer aux Jeux olympiques de Tokyo. Une procédure accélérée va être demandée au TAS, mais le temps presse.

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