Fribourg - Block Friday: les avocats plaident l’acquittement des accusés
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FribourgBlock Friday: les avocats plaident l’acquittement des accusés

L’action des militants du climat lors du Black Friday 2019 était légal et légitime, selon leurs défenseurs.

par
Xavier Fernandez
Pour les accusés, ce sont les acteurs de la grande distribution qui devraient être à leur place.

Pour les accusés, ce sont les acteurs de la grande distribution qui devraient être à leur place.

Marvin Ancian/20 min

«Leur démarche était altruiste et conduite par la nécessité. Et leur mobile est honorable, si tant est qu’ils ont violé la loi, ce que nous contestons», a résumé Me Christian Delaloye. Lundi à Forum Fribourg, les avocats de la défense ont pris tour à tour la parole pour défendre les activistes du climat qui ont pris part, en 2019, à l’action dite du Block Friday.

En préambule, ils ont rappelé «le drame qui nous guette tous dans un futur si proche». Ils ont évoqué la transformation du climat, l’avancée du désert, la sécheresse et les incendies, ainsi que la montée des océans, qui engloutira de nombreuses villes côtières aux quatre coins de la planète. Sans oublier de mentionner le drame humain de ces centaines de millions, voire milliards, de personnes qui seront contraintes de migrer pour survivre. «Ce sera le chaos et peut-être même la guerre pour se nourrir ou le partage de l’eau potable», estiment les avocats. Ces derniers ont ensuite expliqué que la surproduction et la surconsommation, symboliquement dénoncées lors de l’action de 2019, sont des facteurs importants du réchauffement climatique.

Ils se sont aussi évertués à démontrer que les chefs d’accusation n’étaient pas fondés, en particulier s’agissant de la contrainte. «Le seul fait d’obstruer partiellement une entrée d’un magasin qui en compte dix n’est pas suffisant pour la retenir», a avancé une avocate. Quant aux employés qui «se seraient sentis pris en otage», elle a rappelé qu’aucun d’entre eux n’avait déposé de plainte. Et pour ce qui est du trouble de l’ordre public, là non plus, «personne ne semble avoir été particulièrement dérangé par cette action non violente».

Des droits fondamentaux

Par ailleurs, selon la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme, condamner ces activistes reviendrait à restreindre leur liberté d’expression, ainsi que leur liberté de se réunir et de manifester, des droits fondamentaux. «Lorsqu’elle contribue à lancer un important débat d’intérêt général, une action peut-être légale, quand bien même elle userait de moyens illicites», pointent les défenseurs, qui soulignent également que la Suisse est l’un des très mauvais élèves de l’Europe en matière de droits de l’homme.

Pour finir, les avocats ont évoqué la désobéissance civile. «C’est le seul moyen qu’ont les minorités pour provoquer un changement de système. C’est un moteur puissant qui joue un rôle crucial pour que le grand public réfléchisse», ont-ils lâché, avat de rappeler plusieurs situations où cette stratégie a permis de faire avancer la société (Rosa Parks, Gandhi, le droit du vote des femmes, etc.).

Pour toutes ces raisons, les avocats ont demandé que la trentaine d’activistes assis sur le banc des accusés soient acquittés. Et Me Irène Wettstein Martin de demander au juge de police du Tribunal de la Sarine: «Voulez-vous être un des derniers juges qui condamnent l’évidence ou voulez-vous être un juge qui entre dans l’histoire?» Verdict le 18 juin.

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