Colombie: Bogota pourrait élire sa première femme maire
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ColombieBogota pourrait élire sa première femme maire

Les autorités municipales et départementales en Colombie seront élues dimanche. Claudia Lopez est en tête des intentions de vote pour le poste de maire de Bogota.

Claudia Lopez, docteure en Sciences politiques, est candidature d'un parti de centre-gauche.

Claudia Lopez, docteure en Sciences politiques, est candidature d'un parti de centre-gauche.

AFP

Les Colombiens élisent dimanche leurs autorités municipales et départementales, scrutin à l'issue duquel une femme lesbienne, symbole de la lutte contre la corruption, pourrait devenir la première femme maire de Bogota, la capitale.

Quels sont les enjeux de cette consultation?

En tête des intentions de vote

Bogota, capitale d'environ 7,2 millions d'habitants, asphyxiée par les embouteillages, le chômage et une insécurité perçue comme élevée, pourrait élire sa première femme maire.

Claudia Lopez, 49 ans, docteure en Sciences politiques et qui, l'an dernier, a mené une consultation populaire contre la corruption, est en tête des intentions de vote, face au libéral Luis Carlos Galan, 43 ans.

«Je suis une femme. Je suis candidate d'un parti de centre-gauche. Je suis lesbienne et cela ne devrait pas importer dans le débat public (...) mais en Colombie, ce n'est pas sans importance», a déclaré cette ex-sénatrice d'opposition à l'AFP.

Représentante d'une alliance entre le Parti vert et un secteur de la gauche, Mme Lopez revendique aussi ses origines modestes et l'exil auquel elle a été contrainte suite à ses investigations sur des politiciens, finalement condamnés pour leurs liens avec les paramilitaires d'extrême droite.

Son élection marquerait un tournant dans un pays traditionnellement gouverné par des hommes issus des élites libérale et conservatrice. Pour ce scrutin, 37% des 116'428 candidats sont des femmes.

Violence et corruption

Le gouvernement impopulaire du président de droite Ivan Duque est confronté à une forte violence électorale dans 27% des 1122 municipalités où se déroule la consultation, selon la Mission indépendante d'observation électorale (MOE).

Depuis le désarmement des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), qui fut la plus puissante rébellion du continent jusqu'à l'accord de paix de 2016 et a ensanglanté plusieurs scrutins, c'est la première fois que des élections locales se déroulent sans la menace de cette guérilla.

Le conflit armé persiste cependant dans plusieurs régions, où le trafic de drogue finance des groupes illégaux, y compris des dissidents des Farc.

Candidats assassinés et menacés

Depuis le 27 juillet, date limite d'inscription des candidats, sept d'entre eux ont été assassinés, 88 menacés, 12 visés par des attentats et un a été enlevé. Les victimes de cette violence électorale, au nombre de 108, sont de tous les partis, excepté du mouvement évangélique Mira, selon la MOE.

Sur la totalité des candidats inscrits, 2065 bénéficient d'une protection financée par le gouvernement.

La fondation Paix et Réconciliation a alerté sur un changement de procédé dans les agressions. Il y a «moins de cas de menaces collectives et les diverses formes de menaces individuelles ont augmenté». La violence, selon cette ONG, vise encore à éliminer des adversaires politiques.

La MOE a en outre identifié 461 municipalités présentant un risque de fraude et a dénoncé un manque de transparence dans le financement des campagnes de certains candidats.

Survie du parti Farc

Ces élections sont les deuxièmes auxquelles participe le parti issu de l'ex-guérilla, après les législatives de l'an dernier où il a obtenu seulement 0,27% des voix.

Son «but principal en ce moment c'est la survie, pas l'accès au pouvoir», souligne Miguel Garcia, de l'Observatoire de la démocratie, à l'université privée de Los Andes.

La Force alternative révolutionnaire commune (Farc) présente 308 candidats, la majorité comme conseillers municipaux. Seulement 18 aspirent à un mandat de maire.

L'ex-guérilla est encore confrontée à des retards dans l'application de l'accord de paix. Au moins 150 anciens rebelles ont été assassinés depuis et une vingtaine ont annoncé leur retour aux armes.

Lors de ce scrutin, elle va encore payer «l'erreur de conserver» pour le parti le sigle qui évoque sa lutte armée de plus de 52 ans, souligne Fernando Giraldo, de l'Université du Nord, à Barranquilla.

Se démarquer du président

Avec un peu plus d'un an au pouvoir et des sondages défavorables (64% rejetaient sa gestion en août), le président Duque ne pèse pas dans ce scrutin.

«Les candidats (...) tendent à se démarquer des politiques du gouvernement du fait qu'il est plutôt impopulaire», remarque Yann Basset, de l'Université du Rosario.

En outre, pour ce type d'élections, les coalitions s'imposent face aux partis traditionnels décriés et des indépendants émergent.

Dans 66% des communes, il y ainsi un candidat d'alliance pour le mandat de maire, de même pour chacun des 32 postes de gouverneur de département, selon le ministère de l'Intérieur.

L'aspect «idéologique a beaucoup moins de poids en province», ajoute l'analyste de Los Andes.

Dimanche sera un test pour le Centre démocratique, parti au pouvoir dirigé par l'ex-président Alvaro Uribe (2002-2010), après le scandale dans lequel est impliqué son leader, poursuivi par la justice pour manipulation de témoins contre un opposant. (nxp/afp)

(NewsXpress)

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