Bolivie: la région la plus riche inflige une gifle à Evo Morales

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Bolivie: la région la plus riche inflige une gifle à Evo Morales

La région de Santa Cruz, la plus riche de Bolivie, a largement voté dimanche en faveur d'une autonomie.

Ce référendum est une gifle pour le président socialiste Evo Morales, qui a aussitôt dénoncé un scrutin illégal.

Plusieurs milliers d'habitants ont fêté leur victoire dans les rues de Santa Cruz dimanche soir. L'institut Focaliza a estimé à 86% la part de votes en faveur du «oui» contre 14% pour le «non». La participation serait de 60%, selon des médias.

Un tel résultat était largement attendu car les partisans du président Morales, bien que peu nombreux dans la province, avaient boycotté la consultation.

Redistribution contestée

Figure de proue de l'opposition libérale, la région de Santa Cruz est le poumon économique du pays avec les principaux gisement de gaz. Ses dirigeants conservateurs réclament une autonomie élargie vis-à-vis des autorités centrales dans des domaines allant de la fiscalité à la police, en passant par une gestion plus grande des richesses locales.

Ils contestent la nouvelle Constitution défendue par M. Morales, premier président amérindien de Bolivie, qui prône une redistribution des richesses au profit de la population défavorisée des Andes. Ils espèrent que cette victoire du «oui» contraindra le président Morales à négocier.

Cette crise politique reflète la fracture ethnique entre les autochtones des hauts plateaux montagneux et la population des plaines agricoles, en majorité d'origine européenne ou métisse.

Lors d'une allocution télévisée depuis son palais présidentiel de La Paz, M. Morales a fustigé cette «initiative séparatiste», tout en insistant sur le niveau élevé de l'abstention.

«Cette consultation illégale et anticonstitutionnelle n'a pas eu le succès espéré par certaines familles», a-t-il déclaré, en référence aux entrepreneurs et grands propriétaires terriens de la région.

Appel au dialogue

Reste que trois autres provinces prospères, Beni (nord), Pando (nord-est) et Tarija (sud), ont prévu d'organiser un référendum similaire en juin. Conscient de l'enjeu, M. Morales a formulé un appel au dialogue aux gouverneurs des régions pour «une véritable autonomie basée sur la nouvelle Constitution», sans afficher la moindre concession.

Admirateur de la révolution cubaine, le président bolivien a reçu le soutien de son ami vénézuélien Hugo Chavez, bête noire des Etats-Unis, qui a fustigé une «agression de l'empire (américain)» au cours de son programme télévisé dominical.

Une vingtaine de blessés

Le vote a été émaillé par des incidents qui ont fait une vingtaine de blessés. Les heurts les plus graves se sont produits dans la banlieue misérable de Santa Cruz, où des partisans de M. Morales ont tenté de prendre d'assaut un centre de vote. La police est intervenue à l'aide de gaz lacrymogène. Ailleurs, des manifestants ont brûlé des urnes et de bulletins de vote.

«Ce référendum a été fomenté par les patrons pour nous voler nos ressources et les offrir aux multinationales étrangères», a déclaré à AFP Luis Flores, un artisan de 40 ans, sympathisant du Mouvement vers le socialisme (MAS), le parti présidentiel.

Ces échauffourées n'ont pas gâché la fête des partisans du référendum qui devait durer toute la nuit sur la place principale de la ville. «Aujourd'hui, c'est la démocratie qui a triomphé!», a lancé depuis une estrade le gouverneur de Santa Cruz, Ruben Costas, devant une forêt de drapeaux vert et blanc, les couleurs de la région.

(ats)

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