Genève: Boom des amendes après des achats d'armes online
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GenèveBoom des amendes après des achats d'armes online

Une matraque achetée dernièrement sur le net avait coûté très cher à un internaute. Les cas semblables se multiplient.

par
Lucie Fehlbaum

Yvan Golaz

Les Genevois ne cessent d'enfreindre la loi sur les armes (LArm). Sur internet, via des plateformes d'achats comme Wish, ils se lâchent et n'hésitent pas à se procurer couteaux et matraques. Les chiffres s'envolent : la Brigade des armes, de la sécurité privée et des explosifs (BASPE) a traité deux fois plus de dossiers causés par ces achats en ligne en un an. Elle comptait 30 cas en 2017 contre 75 en 2018. Comment expliquer la recrudescence de ces achats prohibés ? «La majorité des gens se trompent par méconnaissance, affirme la Lieutenante Cloé Loi-Monnot, cheffe de la BASPE. Les sites de e-commerces ont explosé entre 2016 et 2017. Nous avons vu une réelle différence.» Attirés par le petit prix et le côté «gadget», les consommateurs se posent moins de questions. «L'objet peut leur coûter très cher s'ils se retrouvent coupables d'une infraction pénale», souligne Joanna Matta, porte-parole de la police.

Une arme, c'est un pistolet

«Tous les couteaux dont la lame est libérée par un mécanisme d'ouverture automatique sont illégaux (lire ci-contre), prévient la Lieutenante Cloé Loi-Monnot. Mais sur une photo de mauvaise qualité sur internet, impossible de distinguer ce dispositif.» Sans même aller aussi loin, la policière estime que la plupart des consommateurs ignorent qu'un couteau peut être illégal. «Une arme, c'est un pistolet dans l'imaginaire collectif. Ou un objet popularisé par le cinéma, comme le poing américain. Mais le flou règne autour des couteaux.» Les matraques télescopiques, elles, sont soumises à autorisation.

Pas anodin

Une fois l'objet commandé entre les mains du Ministère public (lire ci-contre), l'acheteur est auditionné par la BASPE. «Les gens tombent des nues. Le stress d'être convoqué en qualité de prévenu est très lourd. Enfreindre la loi sur les armes est une infraction pénale, tient à rappeler la Lieutenante Cloé Loi-Monnot. Et la surprise est d'autant plus grande pour ceux qui laissent leurs proches utiliser leurs comptes sur internet.» Pour la police genevoise, les gens doivent s'informer. «Les plateformes comme Wish n'ont aucune idée de la législation de chaque pays. Impossible de leur demander de s'adapter à nous. Il appartient donc aux citoyens de se renseigner. Acheter un couteau ou une matraque n'a rien d'anodin.» Les consommateurs peuvent consulter le livret « Armes et autorisations » sur le site de l'Etat de Genève, se référer à celui de la Confédération et même téléphoner à la BASPE en cas de doute. «Nous préférons renseigner les gens plutôt que les auditionner.»

Régime de l'interdiction

En Suisse, certaines armes doivent être déclarées, d'autres sont soumises à autorisation. Certaines sont tout bonnement interdites. C'est le cas des couteaux dotés d'un système mécanique qui ouvre automatiquement la lame, ou de ceux qui comportent un système d'aide à l'ouverture. Les poignards à lame symétrique de moins de 30 centimètres, les couteaux papillons et les couteaux à lancer sont aussi interdits

Les douanes en premier rideau

Ce sont les douanes qui repèrent en premier la présence d'objets illégaux en Suisse dans les paquets provenant de l'étranger. Elles dénoncent alors le cas au Ministère public de réception, qui ouvre une procédure pour infraction pénale. L'acheteur peut alors être auditionné par la BASPE. Hommes et femmes de tous âges sont concernés par ces achats en ligne de couteaux ou de matraques. La loi prévoit une amende «si l'auteur agit par négligence.»

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