Actualisé 16.12.2019 à 06:44

GenèveBoudées en 2018, les salles retrouvent le sourire

Après une année 2018 difficile en raison d'un manque de gros films, du foot et de la météo, les cinémas genevois ont à nouveau attiré en 2019.

de
Léonard Boissonnas
Les spectateurs ont retrouvé le chemin des salles obscures cette année.

Les spectateurs ont retrouvé le chemin des salles obscures cette année.

Keystone/Gaetan Bally

Près de 150'000 spectateurs en moins en un an dans les cinémas genevois. En 2018, les salles du bout du lac ont connu une baisse de fréquentation de 11% par rapport à l'année précédente, comme le rapportait mercredi l'office cantonal de la statistique (OCSTAT), avec 1'247'094 entrées payantes contre 1'394'498 de spectateurs en 2017. Pour les exploitants de multiplexes ou de cinémas indépendants, ces chiffres ne sont pas surprenants ni alarmants. Ils confirment un cru morose pour les salles, en Suisse et dans le reste du monde. «L'année 2018 a effectivement été très mauvaise», indique Laurent Dutoit, programmateur des Scala, City et Nord-Sud. Comme Nina Doetzkies, porte-parole du groupe Pathé pour la Suisse, il explique que la conjoncture n'était pas bonne: une météo très ensoleillée, le Mondial de foot et une offre insuffisante en termes de films porteurs.

Près de deux millions en moins en Suisse

Les chiffres au niveau suisse sont d'ailleurs éloquents: les entrées s'élevaient à 13,5 millions en 2017 contre 11,7 millions l'année suivante, selon l'office fédéral de la statistique. Le secteur explique qu'il est soumis à des fluctuations, d'année en année: «On reste dépendant de la qualité des films et de leur impact», souligne Laurent Dutoit. Les résultats 2019 s'annoncent largement meilleurs, que ce soit pour le cinéma d'auteur ou les blockbusters: «Le box-office en Suisse romande est remonté de 9%, et de 7% pour l'ensemble de la Suisse, à fin novembre», relate-t-il. Du côté des grosses productions, le dernier chapitre des Avengers, «Endgame», «Joker», ou «Le Roi Lion» ont drainé les foules dans les salles obscures, tandis que, concernant le cinéma d'auteur, le public a plébiscité la Palme d'or «Parasite», «Green Book» ou le dernier Polanski, «J'accuse». «Avec «Green Book», nous avons fait 11'000 entrées à Genève par exemple, alors qu'en 2018, le film qui a le mieux marché dans nos salles était «Three Billboards», qui a comptabilisé 8'000 entrées», poursuit le programmateur.

Une mort souvent annoncée, jamais venue

Si, en 2002, les salles genevoises, alors plus nombreuses, avaient attiré près d'un million de spectateurs supplémentaires (2,16 millions, selon l'OCSTAT, soit le meilleur score depuis 25 ans) et qu'entre-temps, les services de streaming ont débarqué, les exploitants restent confiants: «Je suis dans le domaine depuis 1978 et on parlait déjà de crise du cinéma à l'époque avec la télévision et l'arrivée de la vidéo», relativise Didier Zuchuat, administrateur du Ciné 17 et du Cinérama Empire, qui va ouvrir six salles à Confédération Centre en 2021. Il annonce des résultats en hausse constante et les attribue notamment à l'emplacement de ses cinémas, au centre-ville, et à leur équipement, dont un grand écran, loin d'un format «timbre-poste»: «Les salles restent l'écrin qui permet de mettre en valeur les films, affirme-t-il. Le streaming amène au contraire les gens au cinéma: ils voient finalement davantage d'images actuellement et constatent qu'il y a des films intéressants et que les séries produites sont de qualité. Nous diffusons des productions Netflix, les gens viennent quand même.»

«Par rapport aux plateformes, nous sommes complémentaires, estime également Nicolas Cumin, directeur de Pathé Genève. Aller au cinéma, c'est un loisir, on y va avec des amis, ce n'est pas la même expérience qu'à la maison. Depuis l'arrivée du streaming, on constate plutôt un changement d'attitude chez les clients. Ils sollicitent davantage la version originale. A Balexert, il y a encore quelques années, nous ne diffusions quasiment que des films doublés en français. Aujourd'hui, la moitié est en v.o. Par ailleurs, cela nous pousse à être encore meilleurs en termes d'accueil et d'environnement pour nos clients. Nous proposons aussi des contenus alternatifs, avec des retransmissions de spectacles humoristiques ou d'opéras. Cela marche bien.»

Disparitions, sauvetages et renaissances

Le nombre de cinémas à Genève a drastiquement baissé depuis le début des années 2000. Alors qu'on en comptait 24 jusqu'en 2003, ce chiffre a chuté d'une dizaine d'unités depuis, montrent les données de l'OCSTAT.Le nombre d'écrans est passé d'une cinquantaine à une quarantaine. Hollywood dans les Rues-Basses, Central à Chantepoulet, Arcades (ex ABC) à Malbuisson, ou Forum à Chêne-Bougeries: ces salles ont disparu durant les années 2000 et début 2010. Des cinémas, un temps menacés ou fermés, ont été sauvés ou ont rouvert, comme le Bio 72, l'Empire ou le Ciné 17. Portes closes depuis quinze ans, le mythique Plaza devait être détruit pour faire place à des bureaux et un parking. Il sera finalement maintenu grâce à l'intervention de la Fondation Wilsdorf et devrait servir de lieu d'accueil pour des festivals et des activités liées au 7e art. L'association Fonction:cinéma s'apprête, elle, à clore un programme de rénovation de quatre salles avec celle des Scala l'an prochain. Remis à neuf, le City et le Cinélux ont rouvert en 2016, le Nord-Sud en 2019.

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!