Actualisé 05.04.2020 à 15:14

Démocratie online

Boum des pétitions online sur le Covid-19

Depuis le début de la crise du coronavirus, les demandes de citoyens sur le web explosent. Pour quelle utilité?

de
Maria Pineiro
Le parlement fédéral se réunira début mai pour une séance extraordinaire.

Le parlement fédéral se réunira début mai pour une séance extraordinaire.

Keystone/Gaetan Bally

«Pour fermer les écoles à Genève», «pour confiner toute la Suisse», «pour aider financièrement les indépendants». La crise liée au coronavirus a vu exploser de manière anarchique le nombre de pétitions en ligne. Sur les plateformes dédiées, les demandes se multiplient, voire se répètent. Ainsi, il suffit de taper «confinement» et «Suisse» sur l'un des sites pour voir apparaître une dizaine de pétitions, aux titres presque identiques, mais adressées à des instances différentes. Le plus souvent, c'est le Conseil fédéral qui est interpellé, mais le parlement et l'Office fédéral de la santé publique sont aussi en bonne place. A l'échelon local, le Conseil d'Etat, le Grand Conseil ou les villes sont le plus souvent cités. A l'heure de la gestion urgente de cette crise sanitaire, quelle est utilité de ces pétitions?

Sautier du Canton de Genève, Laurent Koelliker précise que le Conseil d'Etat n'accepte de pétitions que si elles sont signées de manière manuscrite. Pour ce faire, le législatif se base sur la loi sur l'exercice du droit de pétitions, «car les sites ou plateformes internet ne permettent pas d'authentifier les signatures. Ils ne font en général, et au mieux, que vérifier l'existence d'une adresse de messagerie. Il en va de même dans la situation actuelle puisque le courrier continue d'être distribué et relevé.»

Au niveau fédéral, le parlement se montre plus souple. Ainsi, «une pétition dont les signatures ont été récoltées en ligne peut être déposée électroniquement, informe Marie-José Portmann, porte-parole. Par mesure de sécurité, la pétition munie de ses signatures doit être accompagnée d'une lettre signée à la main. Ladite lettre peut être scannée et envoyée par mail. Si cette condition est remplie, la pétition sera valide.»

Elus comme relais

Ces conditions, même souples, semblent malgré tout destiner les diverses pétitions qui circulent sur la Toile à ne pas trouver de concrétisation politique dans l'immédiat. Soit pour de simples questions de forme, ou faute de relais, alors que les parlements fonctionnent au ralenti ou même, pour certains, sont à l'arrêt.

Ces démarches sont-elles pour autant inutiles? Pour le professeur Pascal Sciarini, politologue à l'Université de Genève, ces textes ont un effet car ils sont souvent relayés par des élus ou des formations politiques. «Le rôle des partis est d'être la courroie de transmission entre la société civile et le monde politique, et celui des législatifs est de représenter le peuple. Il est donc logique que les deux soient sensibles aux pétitions.» Une sensibilité, estime le politologue, d'autant plus forte dans un système de démocratie directe.

Pascal Sciarini qualifie ces pétitions de «canal d'expression de demandes politiques, dans une période où il faut prendre des décisions rapidement dans un contexte très changeant et en situation d'incertitude», sans toutefois exclure des vertus psychologiques comme permettre aux citoyens «de manifester collectivement leurs préoccupations - et donc de se sentir portés par cet élan collectif».

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