Football - Coupe du monde: Bref, je suis allé voir Maroc-Iran

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Football - Coupe du mondeBref, je suis allé voir Maroc-Iran

Dix-neuf heures de train, la découverte de la plus belle ville du monde, des Iraniens en goguette... Décidément, cette Coupe du monde est pleine de belles surprises.

par
Robin Carrel
Moscou
Le stade de St-Pétersbourg est une pure merveille. Il peut, il a coûté plus d'un milliard.

Le stade de St-Pétersbourg est une pure merveille. Il peut, il a coûté plus d'un milliard.

Vu que la large majorité des collègues suivent l'équipe de Suisse ou ses concurrents directs, trouver de quoi raconter aux lecteurs qui sorte un peu de l'ordinaire n'est pas si compliqué que ça, finalement. Il suffit de prendre un programme du Mondial, un horaire des trains (non, parce que les avions en Russie et même les avions tout court...), tracer quelques grandes lignes, demander des accréditations (pas toujours accordées) à la FIFA et c'est parti!

Mon sang n'a fait qu'un tour quand j'ai vu que le Maroc allait affronter l'Iran au lendemain de la rencontre d'ouverture. A 700 kilomètres de là, soit une dizaine d'heures dans les trains de nuit mis à disposition gratuitement par les organisateurs, certes, mais quand même, ça ne se refuse pas. On aime le foot ou on ne l'aime pas. Du coup, j'ai pu découvrir que la Coupe du monde, c'est aussi la possibilité de faire le tour de la planète des collègues.

Dans notre compartiment commun, où l'on dormait à quatre entassés comme en camp de ski aux Crosets en troisième année primaire, on a pu refaire le monde du football en franco-anglais, avec un journaliste belge travaillant en freelance pour un journal de Malte et des reporters arrivés tout droit trois jours auparavant d'Inde avec l'accent qui va avec. L'un d'entre eux s'appelait réellement Vishnu, personne n'a osé faire de blague sur son nombre réduit de bras par rapport au vrai, et c'était bien dommage.

En arrivant dans le «Venise du Nord», on se prend à avoir des frissons en voyant des supportrices iraniennes. Les mêmes qui sont interdites de stades au pays. Sur la route du phénoménal Stade Krestovski, une ambiance de dingue, avec des fraternisations de partout, même avec des Colombiens, des Français et des Brésiliens qui ont sans doute perdu au grand tirage au sort de la FIFA.

En salle de presse et en tribunes, le choc des cultures est là aussi également garanti. Marocains et Iraniens sont pour beaucoup supporters avant d'être journalistes. Et ce n'est pas franchouillard à la Thierry Roland, hein, ou des poings serrés sous la table à la Suisse. Il y a des maillots, des drapeaux, des exclamations à chaque contrôle manqué, des «enflammades» dès que le cuir passe à moins de trente mètres des buts. Et une passion...

On a vu des larmes couler sur les joues de reporters du Moyen-Orient quand l'hymne national a été joué et à nouveau, de joie et pas d'émotion cette fois, quand Aziz Bouhaddouz s'est trompé de sens avec sa tête et marqué contre son camp le seul but de la rencontre. Du côté marocain, en revanche, on se demande comment on a pu sortir un journal tant l'abattement était patent.

Sur le chemin du retour, il a fallu s'arrêter logiquement dans un pub, le train du retour étant programmé à minuit et demi. Un Espagne - Portugal de feu que vous avez tous vu, mais vécu pour ma part au milieu de certains fans iraniens qui avaient visiblement arrêté de faire Ramadan quelques années auparavant. Ce n'était pas ce jeudi, en effet, qu'ils se sont souhaité un «Aid Moubarak!» ou alors ils ont triché.

Dix heures après, passées «sous» un reporter argentin, ronfleur, lui aussi, et avec un journaliste biélorusse bien pratique pour traduire des choses aux cheffes de train de très mauvaises humeurs, il a fallu se remettre aux habitudes moscovites. Il y a un certain Allemagne - Mexique ce dimanche et vite, bien vite, chanceux que je suis, se pointera le lendemain les quatre heures par rail en troisième classe pour Suède - Corée du Sud à Nijni Novgorod. Elle n'est pas belle la vie?

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