Norvège: Breivik bientôt un «personnage culte»?
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NorvègeBreivik bientôt un «personnage culte»?

Dans son dernier ouvrage, l'avocat du tueur norvégien s'inquiète de la popularité de son client dans certains milieux.

L'avocat d'Anders Behring Breivik s'est inquiété jeudi de voir le tueur de masse devenir un «personnage culte» mais a défendu le droit de l'extrémiste à s'exprimer en estimant que l'arme la plus efficace contre son discours était le débat ouvert.

«Ce qu'il y a de bien plus inquiétant, ce sont les informations récurrentes partout dans le monde qui montrent que Breivik est de plus en plus un personnage culte dans certains milieux», écrit Geir Lippestad dans un nouveau livre témoignage publié en Norvège.

«Quand on voit des images de Russie, des Etats-Unis, d'Angleterre, d'Allemagne, de Grèce, de Suède et d'autres pays où il a des supporters, Breivik est indubitablement en train de devenir un modèle qui peut influencer d'autres personnes à avoir des pensées, des idées et des projets qui à terme peuvent muer des jeunes gens en terroristes et non pas en citoyens respectueux de la loi», explique-t-il.

Attaques similaires

Breivik purge actuellement la peine maximale --21 ans de prison avec possibilité d'extension-- pour avoir tué 77 personnes le 22 juillet 2011 en faisant d'abord exploser une bombe près du siège du gouvernement à Oslo puis en ouvrant le feu sur un rassemblement de la Jeunesse travailliste sur l'île d'Utoeya.

Des attaques présentant des similitudes ont depuis été perpétrées ou déjouées dans plusieurs pays, dont la Pologne et la République tchèque.

«A la réflexion, ce n'est pas aussi inexplicable qu'il y paraît», estime M. Lippestad.

«Il y a énormément de jeunes gens qui sont en quête (d'eux-mêmes). Il y a énormément de gens qui sont en colère, désespérés quant à leur situation et à qui il manque l'éducation élémentaire ou la caisse à outils (...) susceptible de les rendre sceptiques à l'égard de la violence et de la pensée totalitaire», écrit-il.

Débat d'idées

Dans son ouvrage intitulé «Det vi kan staa for» («Ce qu'on peut défendre»), l'avocat, quasi unanimement salué en Norvège pour la façon dont il a défendu Breivik au nom de l'Etat de droit, affirme que la meilleure façon de lutter contre l'extrémisme passe par le débat d'idées.

Détenu sous un régime spécial de haute sécurité, Breivik s'est plaint à plusieurs reprises de censure dans ses échanges avec le monde extérieur, ses courriers étant passés au peigne fin par l'administration pénitentiaire.

Liberté d'expression

Que Breivik puisse continuer à échanger avec les milieux extrémistes «est malheureux mais c'est hélas quelque chose que nous devons tolérer au nom de la liberté d'expression», souligne M. Lippestad.

«La solution, ce n'est pas d'interdire, mais de cultiver les contre-arguments qui soient si puissants que les idées extrémistes s'émiettent et soient réduites en cendres», assure-t-il.

(afp)

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