Procès de l'Angolagate: Brochette de VIP's sur le band des accusés
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Procès de l'AngolagateBrochette de VIP's sur le band des accusés

Le procès de l'Angolagate, vaste affaire de trafic d'armes de guerre, a subi dès son ouverture lundi à Paris, de premiers assauts visant à le faire dérailler.

L'Angola a demandé carrément le retrait des pièces incriminantes au nom «du respect du secret défense d'un pays étranger».

On attendait l'offensive du côté de la soixantaine d'avocats défendant les 42 prévenus, dont Charles Pasqua, ancien ministre de l'Intérieur, Jean-Christophe Mitterrand, fils aîné du défunt président, Jacques Attali, son ancien conseiller ou encore le romancier Paul-Loup Sulitzer, tous soupçonnés d'avoir touché des pots-de-vin.

Mais c'est la république d'Angola elle-même, défendue par Me Francis Teitgen, qui a déposé un recours à quelques heures de l'ouverture des débats.

Dans ce recours, l'Angola s'oppose à «la discussion publique, dans une enceinte de justice étrangère», d'éléments relevant de «ses prérogatives de puissance publique touchant ses intérêts d'Etat et de défense nationale».

Pots-de-vin: Dos Santos accusé

«Nous demandons à ce que tous les documents versés au dossier en violation de l'ordre public international ne soient pas débattus publiquement», a expliqué hors audience Me Teitgen, citant notamment les notes diplomatiques ou les contrats, sur lesquels s'appuie l'accusation.

Le procès risque d'entacher l'image de l'Angola. En effet, même si aucun Angolais ne figure parmi les prévenus, l'accusation estime qu'une trentaine d'officiels, au premier rang desquels le président Eduardo Dos Santos, auraient touché d'énormes pots de vin dans cette affaire.

La requête a toutefois peu de chances d'aboutir, l'Angola n'étant pas partie au procès.

Dans le prétoire, c'est Me Jean-Pierre Versini-Campinchi, défenseur de M. Mitterrand, qui a ouvert le bal en demandant l'annulation de la procédure parce que le juge d'instruction, Philippe Courroye, a signé l'ordonnance de renvoi alors qu'il était déjà nommé procureur à Nanterre.

«Si le procès se poursuit...»

D'autres arguments devaient suivre, à commencer par celui voulant que ce procès n'ait pas lieu d'être puisque les armes incriminées venaient de l'ancien bloc communiste, sans transiter par la France, et que leur vente n'avait donc pas besoin du feu vert de Paris.

A l'appui de cette thèse: une lettre du ministre de la Défense Hervé Morin, qui a assuré en juillet à Me Pierre-François Veil, défenseur de Pierre Falcone, que ces ventes n'avaient pas besoin d'autorisation.

Cette avalanche d'attaques n'est pas passée inaperçue du président du tribunal correctionnel de Paris, Jean-Baptiste Parlos. «Si le procès se poursuit ...», finit-il par lancer, provoquant un brouhaha.

«Et bien oui, explique-t-il, le tribunal est saisi d'un certain nombre de procédures et je ne peux pas préjuger de ce qui va se passer». Cela ne l'a pas empêché de procéder d'abord, imperturbable, à l'appel des prévenus, se relayant avec ses deux assesseures pour énumérer l'interminable liste des délits reprochés.

Marchiani libérable

Arrivés sous les flashes des photographes, dans une bousculade digne du festival de Cannes, ces prévenus ont décliné leur identité et leurs revenus.

Les bras croisés, Falcone a écouté durant une demi-heure les faits qui lui sont reprochés: avoir organisé ce «trafic d'armes» vers l'Angola de 1993 à 1998. Son ancien associé, Arcadi Gaydamak, est resté en Israël où il vit désormais, mais son avocat a assuré qu'il viendrait s'expliquer, «peut-être en novembre». Ce serait la première fois que la justice française l'entendrait.

Incarcéré pour des affaires de fraude, Jean-Charles Marchiani a comparu entre deux gendarmes, mais il a expliqué qu'il avait demandé une libération conditionnelle et était libérable au 19 octobre «selon le parquet».

Jean-Christophe Mitterrand s'est dit «sans revenu», vivant chez sa mère, tandis que Charles Pasqua n'a admis pour tout patrimoine immobilier qu'un «terrain indivis dans la montagne corse». (ats)

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