Allemagne: Bronca des agriculteurs contre une loi de protection des insectes

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AllemagneBronca des agriculteurs contre une loi de protection des insectes

Pour sauver les populations d’insectes, en dangereux déclin ces dernières décennies, le gouvernement allemand présente mercredi un projet de loi limitant drastiquement l’usage de pesticides, suscitant la colère du monde agricole et des réserves au sein même de la majorité.

Manifestation à Berlin le 2 décembre 2020.

Manifestation à Berlin le 2 décembre 2020.

AFP

«Sans agriculteurs, pas d’avenir», «nous sommes là, parlez avec nous»: à Berlin, plusieurs centaines de tracteurs ont défilé mardi, malgré la neige et les températures glaciales, pour exprimer leur opposition à ce texte. Il vise à restreindre l’utilisation des pesticides dans les campagnes pour enrayer la disparition des insectes, un phénomène qui touche toute la planète, alors que ces petits animaux sont des éléments clés des écosystèmes.

L’Allemagne compte notamment interdire l’utilisation de produits phytosanitaires à moins de dix mètres des grandes masses d’eau et limiter drastiquement l’épandage dans les zones naturelles protégées. «Nous ne sommes pas contre la protection des insectes, mais il faut l’adapter à une pratique moderne de l’agriculture», explique à l’AFP Wilke Luers, 28 ans, au volant de son tracteur.

Pour les organisations agricoles, ce texte «plombe l’agriculture sans rien apporter à la protection des insectes». Elles disent privilégier les compromis négociés au niveau local avec les autorités régionales et les associations de défense de l’environnement, sur la base d’incitations plutôt que d’interdictions.

«Au moins 7%» -

«La coopération, on en fait depuis vingt ans, et ça ne fonctionne pas», tranche de son côté Tomas Brückmann, un représentant de l’organisation écologiste Grüne Liga, auprès de l’AFP.

L’association s’est fendue la semaine dernière d’un communiqué inquiet, craignant un «allègement» de la loi, face aux pressions du monde agricole et de certains élus conservateurs. La principale fédération d’agriculteurs du pays (BDV) a écrit à Angela Merkel, affirmant qu'«au moins 7%» des terres cultivées en Allemagne sont menacées par ce texte.

Une députée du parti de la chancelière a affirmé dans la presse que «plus d’un million d’hectares» de surfaces agricoles ne pourraient plus être exploités correctement. Un ministre régional de l’agriculture juge que l’avenir des vignobles est en jeu, si la loi est appliquée.

Dans les tiroirs depuis 2019, le texte a été repoussé plusieurs fois en raison de l’opposition de la ministre de l’Agriculture, Julia Klöckner, issue du parti conservateur CDU, qui demandait des exceptions pour certaines cultures. Il a été au cœur d’âpres négociations ces derniers jours avec son homologue de l’Environnement, la sociale-démocrate Svenja Schulze. Un volet, plus consensuel, prévoit aussi de réduire la pollution lumineuse, nuisible pour les insectes. Le contenu de l’accord entre les deux ministres, et les éventuelles dérogations aux interdictions d’épandage, devraient être dévoilés mercredi.

Fossé

Le fossé entre agriculteurs et écologistes s’est creusé ces dernières années en Allemagne, alors que les mobilisations pour le climat poussent le gouvernement à agir davantage en faveur de l’environnement Berlin a déjà annoncé vouloir interdire fin 2023 le glyphosate, soupçonné d’être cancérogène par le Circ, une émanation de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Et le gouvernement va mettre fin à des pratiques controversées en termes de bien-être animal, comme la castration à vif des porcelets ou le broyage des poussins mâles. Ces réformes suscitent la colère des agriculteurs, qui estiment ne plus pouvoir faire face à la concurrence internationale, alors que de nombreux pays ne sont pas soumis à ces règles.

Si sa ratification est pour le moment au point mort, l’accord de libre-échange conclu en 2019 entre l’Union européenne et les pays du Mercosur, ouvrant les marchés européens à certaines denrées agricoles sud-américaines, inquiète d’autant plus les agriculteurs.

«Il faut s’attendre à un déplacement de la production vers l’Amérique du Sud si cette loi passe», affirme à l’AFP Reinhard Jung, porte-parole de l’organisation «Freie Bauern», à l’origine des manifestations mardi.

Selon une vaste synthèse d’études dévoilée en 2019, près de la moitié des espèces d’insectes, essentiels aux écosystèmes, sont en déclin dans le monde. Les scientifiques allemands avaient été parmi les premiers à tirer la sonnette d’alarme sur cette «apocalypse des insectes» en constatant, sur la base de mesures effectuées durant 30 ans, que près de 80% des populations avaient déjà disparu dans le pays.

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