Cameroun: Buea, ville anglophone désertée
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CamerounBuea, ville anglophone désertée

Buea était une ville fantôme samedi, à la veille d'une déclaration d'indépendance symbolique des deux régions anglophones du pays.

La ville de Buea était déserte samedi 30 septembre 2017.

La ville de Buea était déserte samedi 30 septembre 2017.

Keystone

Commerces fermés, rues désertes, cités universitaires vides, imposante présence policière... Buea, chef-lieu de la région anglophone du Sud-Ouest au Cameroun, ressemblait samedi à une ville fantôme. Dimanche, les séparatistes veulent proclamer symboliquement l'«indépendance» des deux régions anglophones du pays.

Depuis cette annonce, de nombreux habitants ont fui Buea le temps d'un week-end, craignant des débordements. Les séparatistes ont choisi le 1er octobre, jour de la réunification officielle des parties anglophone et francophone du Cameroun.

Depuis novembre 2016, la minorité anglophone proteste contre ce qu'elle appelle sa «marginalisation» dans la société. Elle représente environ 20% des 22 millions de Camerounais.

Dans le quartier de Molyko à Buea, les cités universitaires sont vides. «Je loue une chambre dans une cité de plus de 130 chambres. Mais actuellement, je suis le seul occupant», confie à l'AFP Benoît, boulanger francophone. «Il n'y a plus personne ici, dit-il, plus aucun étudiant. La force de Buea ce sont eux. Quand il n'y a pas d'étudiants, la ville est morte».

Benoît, lui, est resté. «Nous travaillons avec eux (les anglophones). Ils ont le sentiment que leur zone est abandonnée, d'être dans un autre monde parce qu'on ne les considère pas. Ils ont raison de se plaindre», estime-t-il.

Policiers armés et couvre-feu

Les principales entrées de cette cité estudiantine, autrefois paisible, sont désormais à l'image de la ville: quadrillées par des policiers armés.

L'accès à internet et aux réseaux sociaux est par ailleurs limité depuis vendredi à Buea, mais aussi à Bamenda, chef-lieu de la région du Sud-Ouest. Le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, les deux régions anglophones sur les dix du Cameroun, avaient été privées d'internet pendant trois mois jusqu'à fin avril, soit la plus longue coupure de ce type en Afrique.

A Buea, des sources concordantes rapportent à l'AFP un ballet incessant de forces de sécurité en ville, toute la semaine.

Mesures restrictives

Des milliers d'indépendantistes avaient défilé le 22 dans les rues de la ville et des régions anglophones. Des habitants ont fait état de «rafles quasi-quotidiennes» par les forces de sécurité depuis ce jour, notamment à Mile 17, un quartier populaire réputé héberger des séparatistes.

Jeudi, les autorités de la région du Sud-Ouest ont annoncé une série de mesures restrictives: couvre-feu, suspension des transports, interdiction de se déplacer entre les localités, interdiction des réunions de plus de quatre personnes dans l'espace public, et fermeture des frontières.

Le gouverneur de la région du Sud-Ouest, Bernard Okalia Bilaï a également mis en garde les journalistes locaux: ceux qui iront sur les points critiques dimanche le feront à leurs risques et périls, a rapporté à l'AFP un journaliste de Buea.

Crise économique

A proximité, Victor Ndisang, gérant d'une école d'informatique, évoque sa situation «difficile»: «Je n'ai aucun étudiant dans mon centre depuis le début de l'année académique. J'ai fait partir les enseignants, il n'y a pas d'argent pour les payer».

La crise provoquée par la contestation anglophone affecte l'économie de la ville, estime l'entrepreneur: «Beaucoup de gens viennent me demander du travail, mais je leur dis qu'il n'y en a pas».

Yaoundé considère désormais les séparatistes comme des «terroristes», après de récentes explosions de bombes à Bamenda (nord-ouest) et à Douala (sud).

Certains anglophones exigent le retour au fédéralisme, tandis qu'une minorité réclame la partition du Cameroun. Deux scénarios que refuse Yaoundé. (nxp/ats)

(NewsXpress)

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