Actualisé 27.08.2018 à 09:56

Genève

Bureaux vides: Trump aurait joué un rôle

Le taux de surfaces commerciales vacantes grimpe en flèche. Réforme fiscale américaine et conjoncture locale expliquent ce bond.

de
Lucie Fehlbaum
Genève compte 310'717 m2 de surfaces vacantes.

Genève compte 310'717 m2 de surfaces vacantes.

L.Guiraud-TDG

Le taux de surfaces d'activités vides à Genève a explosé. En un an, le canton est passé de 224'991 m2 à près de 311'000 m2 de surfaces commerciales vides. C'est une hausse de 38% par rapport à 2017, selon l'Office cantonal de la statistique. En 2017, il constatait... une baisse de 5% des locaux vides par rapport à 2016. Le bond actuel n'en est que plus saisissant.

Les bureaux enregistrent l'augmentation la plus marquée: 44%. Ils représentent à eux seuls 73% des surfaces vides au bout du lac, avec 226'727 m2. Les ateliers, dépôts et arcades sont aussi de plus en plus désertés.

Lourdes sanctions

Le secrétaire général de l'Union suisse des professionnels de l'immobilier (USPI) s'interroge. «Où vont ces sociétés ? A Genève, on dénombre beaucoup d'entreprises dans le négoce, des multinationales dans la finance. Vont-elles sur Vaud? A Schwytz?» Pour un fiscaliste ayant travaillé plusieurs années chez Ernst&Young, la réponse réside notamment dans la politique fiscale américaine. «Zoug, Schwytz, certaines régions de Berne sont très attractives fiscalement. Mais c'est loin d'être nouveau.» Selon lui, la réforme fiscale de Trump, adoptée en décembre 2017, a changé plusieurs choses. «Toutes les sociétés américaines qui ont leurs sièges en Europe subissent cette réforme. Le président a menacé de les sanctionner à fond si elles ne revenaient pas sur le territoire.» C'est le cas par exemple de Caterpillar, qui a utilisé sa filiale genevoise pour s'éviter 2,4 milliards de dollars de taxes grâce à un schéma sophistiqué. Ses activités à Genève sont au centre d'une enquête criminelle, menée par des agents fédéraux américains et liée à l'évasion et la fraude fiscale.

Par ailleurs, Trump a fait passer la taxe sur les bénéfices des entreprises de 35 à 21%. Cette mesure inciterait aussi certaines multinationales américaines à rentrer au bercail.

Raisons locales

Christophe Aumeunier, secrétaire général de la Chambre genevoise immobilière, considère que ce bond en avant des surfaces vides est lié à la conjoncture. «Une importante création de bureaux, à l'image de Pont-Rouge (ndlr: nouveau quartier d'affaires entourant la future gare CEVA de Lancy-Pont-Rouge), ont poussé les preneurs à quitter des locaux qui ne répondaient plus à leurs attentes.» A cela s'ajoute une «contraction de la masse des collaborateurs», qui vide les surfaces. Il ajoute que la situation n'est pas catastrophique. «Le taux de vacance total est inférieur à 5%. On considère qu'un taux dès 10% est élevé.»

Conversion "pas encouragée"

«Je regrette que le Département du territoire ne favorise pas la conversion des bureaux en logement, témoigne Christophe Aumeunier, secrétaire général de la chambre genevois immobilière. Les autorisations de construire ne se sont pas faites par voie facilitée. » Pourtant, une loi votée par le Grand conseil en 2017 disposait que pour transformer des bureaux en logements, une simple déclaration aux autorités suffisait.

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