France - Bygmalion: Sarkozy cuisiné par les juges
Publié

FranceBygmalion: Sarkozy cuisiné par les juges

L’ancien chef de l’État français, qui était représenté par son conseil depuis le début du procès sur l’éventuel financement illégal de sa campagne, se défend lui-même au tribunal, mardi.

Paris, ce 15 juin 2021.

Paris, ce 15 juin 2021.

REUTERS

L’ex-président Nicolas Sarkozy s’est présenté mardi en tout début d’après-midi au tribunal correctionnel de Paris pour y être interrogé sur les dépenses excessives de sa campagne présidentielle de 2012, ont constaté des journalistes de l’AFP.

«Elle est où la campagne qui s’emballe? Elle est où la campagne en or massif?»… Pour la première fois depuis l’ouverture du procès Bygmalion, l’ex-président Nicolas Sarkozy s’est présenté mardi au tribunal correctionnel de Paris, pour son interrogatoire sur les dépenses excessives avant la présidentielle de 2012, se défendant avec véhémence d’avoir mené une campagne somptuaire.

Vêtu d’un costume et d’un masque noirs, d’une chemise blanche, l’air grave, Nicolas Sarkozy a pris place à la barre, face au tribunal. Depuis l’ouverture du procès le 20 mai, il n’avait assisté à aucune audience et se faisait représenter par son avocat Me Thierry Herzog.

«C’est faux!»

«Ce qui intéresse le tribunal», commence la présidente Caroline Viguier, «c’est comment la campagne a été organisée. J’ai envie de dire: qui, comment, quoi ?» est-ce qu’il y a eu une «accélération» par rapport à ce qui était prévu au départ, demande-t-elle.

«J’ai fait 40 ans de politique, c’est ma vie, les campagnes, je connais», répond Nicolas Sarkozy. «Je n’ai jamais vu une campagne, petite ou grande, qui n’accélère pas», martèle-t-il. «J’aimerais qu’on m’explique en quoi j’ai fait plus campagne en 2012 qu’en 2007. C’est faux!» s’insurge-t-il, en haussant la voix et à renfort de grands gestes, se tournant tour à tour vers le tribunal et les représentants du parquet.

«Il n’y a pas eu d’emballement», repète-t-il plusieurs fois, «c’est une fable». La campagne était «dynamique», mais «nous faisions les mêmes villes, les mêmes salles que les autres candidats».

«Pardon Mme la présidente»

Après dix minutes d’audience déjà, le masque a glissé sous le nez, au fil de ses démonstrations emballées. Plusieurs fois, la présidente l’arrête. Il baisse d’un ton, «pardon Mme la Présidente», avant de reprendre de plus belle.

Contrairement à ses 13 coprévenus qui l’écoutent attentivement – anciens cadres de Bygmalion et de l’UMP, directeur de campagne, experts-comptables -, Nicolas Sarkozy n’est pas jugé pour le système de double facturation imaginé pour masquer l’explosion des dépenses autorisées pendant sa campagne.

Le prix réel des quelque 40 meetings organisés par l’agence événementielle Bygmalion avait été drastiquement réduit, et le reste – 80% des factures – réglé par l’UMP (devenu LR), au nom de conventions fictives du parti.

Nicolas Sarkozy comparaît pour «financement illégal de campagne» uniquement. Il encourt un an d’emprisonnement et 3750 euros d’amende. En mars, il était devenu le premier ex-président de la Ve République à être condamné à de la prison ferme (trois ans, dont un ferme), pour corruption et trafic d’influence dans l’affaire dite «des écoutes».

«Déconnecté»

Dans le dossier Bygmalion, «l’enquête n’a pas établi» selon l’accusation que Nicolas Sarkozy aurait pu «ordonner», «participer», voire être informé du système. Mais le président-candidat, loin d’être «déconnecté de sa campagne», a fait le choix avec son équipe de «meetings spectaculaires et dispendieux», et demandé d’accélérer le rythme; jusqu’à un meeting par jour. Une campagne «d’une rare densité», marquée par une «totale improvisation» des donneurs d’ordre, avait décrit l’accusation.

Pour les organisateurs, une consigne: «faut que ça pète», a résumé au début du procès le responsable des meetings chez Bygmalion, Franck Attal.

«Où est passé cet argent ?»

L’accusation estime que Nicolas Sarkozy a laissé filer les dépenses, malgré plusieurs alertes claires sur les risques de dépassement, et ainsi «incontestablement» bénéficié de la fraude, qui lui a permis de disposer de «moyens bien supérieurs» à ce qu’autorisait la loi: au moins 42,8 millions au total, soit près du double du plafond légal à l’époque.

Pour lui éviter de devoir reconnaître publiquement que ses dépenses avaient dérivé «de manière spectaculaire», «avec les conséquences politiques et financières» qui s’en seraient suivies, dit l’accusation, il a été décidé de «purger» le compte de campagne.

Une thèse à laquelle ne croit pas Nicolas Sarkozy: le prix de ses meetings était «parfaitement en ligne» avec ceux de son opposant François Hollande, avait-il dit aux enquêteurs. Alors, «où est passé cet argent?»

(AFPE)

Ton opinion