Actualisé 30.03.2020 à 04:08

Coronavirus en Suisse

«C'est dur d'être médecin et personne à risque»

Malades chroniques ou âgés de plus de 65 ans, certains médecins doivent redoubler de vigilance pour éviter d'être contaminés, sans toujours y parvenir.

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Les toubibs âgés, ou souffrant de pathologies, mettent leur vie en jeu.

Les toubibs âgés, ou souffrant de pathologies, mettent leur vie en jeu.

iStock/Image prétexte

En France, au moins cinq médecins sont décédés à cause du coronavirus ces derniers jours. Pour la plupart, ils étaient âgés de plus de 65 ans et faisaient partie des personnes à risque. Ils étaient conscients de la situation, mais ne pouvaient se résigner à laisser tomber leurs patients.

En Suisse aussi, ils sont nombreux à être dans ce cas. «A quel moment dois-je accepter de prendre tous les risques? C'est une question que je me pose chaque matin en me levant et pour laquelle je n'ai pas de réponse. C'est dur d'être médecin et personne à risque. D'un côté, on voudrait aller au front avec les collègues, mais de l'autre on sait que ce ne serait pas raisonnable», explique Marcel*, médecin et malade chronique.

Se méfier même d'un banal contrôle

Ce dernier a pu compter sur la compréhension de son employeur. Il a dès le début de la crise été utilisé principalement pour des tâches administratives. Néanmoins, il voit encore des patients qui ne sont, a priori, pas porteur du virus. «C'est aussi là qu'on prend des risques. L'autre jour, une personne est venue pour une banale visite de contrôle. Et ce n'est qu'une fois devant moi qu'elle ma dit qu'elle toussait et qu'elle avait de la fièvre», poursuit le médecin.

Comme de nombreux autres, Marcel n'hésitera pas à aller en première ligne, si la situation l'exige. «J'ai fait la promesse de tout faire pour soigner les malades, et je la respecterai quoi qu'il arrive.»

Au moins deux médecins vaudois hospitalisés

D'ailleurs, un grand nombre de médecins retraités se sont mis à disposition de leurs cantons respectifs pour aider à faire face à la pandémie. Rien que pour le canton de Vaud, ils sont plus de 200 à s'être annoncés. «Nous les utilisons principalement pour des consultations à distance ou pour répondre à la hotline. Mais dans certains cas, ils remplacent aussi des collègues qui sont eux-mêmes tombés malades. Nous n'avons pas de chiffres, mais nous savons qu'ils sont déjà nombreux à avoir été testés positifs. Et au moins deux d'entre eux sont actuellement hospitalisés», explique le Dr Philippe Eggimann, président de la Société vaudoise de médecine.

Directeur médical de l'HFR, le Dr Ronald Vonlanthen explique que, à Fribourg aussi, les médecins retraités bénévoles sont pour l'instant uniquement employés pour des consultations téléphoniques. «Toutefois, en fonction de l'ampleur que prendra la pandémie, nous ne pouvons pas exclure qu'arrivera le jour où nous devrons leur demander d'aller sur le terrain», concède-t-il.

Généralistes aussi concernés

De plus, de nombreux médecins de famille ont eux aussi dépassé l'âge de la retraite, mais continuent d'exercer. «Les cabinets sont ouverts. Et, si tout est fait pour que les patients atteints du coronavirus et les autres ne se mélangent pas, certains médecins sont régulièrement confrontés à des cas suspects. Bien sûr, ils prennent toutes les précautions possibles, mais les risques sont bien réels», reconnaît Philippe Eggimann.

*Prénom d'emprunt

«Si rien ne change, on court à la catastrophe»

Vendredi, la Société vaudoise de médecine a tiré la sonnette d'alarme. «Actuellement, seuls les traitements et interventions urgents sont autorisés. Mais les maladies hors coronavirus n'ont pas disparu pour autant. Il est essentiel que la population puisse continuer de consulter, lorsqu'elle en a besoin. Sinon, nous devrons affronter une deuxième vague épidémique, à cause de problèmes de santé ignorés, détectés trop tardivement, ou qui se sont aggravés pendant des semaines ou des mois faute de traitement. Si rien ne change, on court à la catastrophe», prédit le président de la société. D'ailleurs, les médecins vaudois, aidés par des médecins retraités, ont entrepris de contacter par téléphone tous leurs patients à risques, afin de s'assurer qu'ils sont en bonne santé.

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